L'Hurluberlue

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Mardi 5 mai 2009
Mademoiselle de Maupin
Théophile Gautier
 


Je me suis épris d'une beauté en pourpoint et en bottes, d'une fière Bradamante qui dédaigne les habits de son sexe, et qui vous laisse par moments flotter dans les plus inquiétantes perplexités ; - ses traits et son corps sont bien des traits et un corps de femme, mais son esprit est incontestablement celui d'un homme. Ma maîtresse est de première force à l'épée et en remontrerait au prévôt de salles le plus expérimenté ; elle a eu je ne sais combien de duels, et tué ou blessé trois ou quatre personnes... : - singulières qualités pour une maîtresse ! il n'y a qu'à moi que ces choses-là arrivent. 
 
Depuis le Swap Cape et Epée et l'article de Ys, j'attendais impatiemment l'occasion de me procurer et de dévorer ce roman, qui ne pouvait que faire de l'oeil à la maniaque du genre que je suis. Mon séjour à Paris du week-end dernier m'a enfin permis d'attraper l'occasion en question par la houpette, puisque je m'y suis procuré une très belle édition de 1874, assez rapée pour imposer le respect mais suffisamment solide pour ne pas craindre d'être manipulée par une cinglée. En clair, je me suis doublement régalée avec ce livre, coffre au trésor poussiéreux à souhait (rien qu'à l'odeur, ma température corporelle est montée en flèche) et rempli de merveilles, comme de juste. 

[mode manique pédante/add on]
On a l'habitude de considérer ce livre comme le premier roman de Cape et d'Epée... Bon, je le savais dès avant de l'ouvrir, mais je ne peux pas m'empêcher de le répéter ici en double gras surligné : c'est bien sûr faux et archi-faux, Mademoiselle de Maupin n'est absolument pas un roman du genre. Stricto-sensu, même Les Trois Mousquetaires n'en est pas, d'ailleurs. Le "KPDP" pur et dur, c'est Achard, Féval, et plus tard Zévaco... Dumas n'est que le père, et Gautier le grand-père, même si je reconnais volontiers qu'on ne fera jamais mieux dans le genre que Le Capitaine Fracasse, qui est l'exception qui confirme la règle.
[mode pédante/add off, vous pouvez ranger les tomates]

Formellement, le roman se présente un peu à la Werther, recueil de textes à la première personne qui se présentent comme des lettres écrites par les protagonistes à leurs confidents respectifs, mais qui tournent le plus souvent au long développement poétique et philosophique, entrecoupés de quelques très rares passages narratifs. Le livre s'ouvre sur les confidences du chevalier d'Albert, jeune rêveur étrange et drôlatique, à la fois perdu dans ses chimères "beyond the veil" et terriblement attaché au monde matériel physique. Monsieur est poète, mais monsieur est humain, c'est-à-dire qu'il se désespère de ne pas pouvoir tomber amoureux, trop prisonnier qu'il est de l'idéal du Beau qu'il s'est forgé... résultat, monsieur méprise les femmes qu'il courtise et met dans son lit, mais se désespère de ne pas avoir de "maîtresse", c'est-à-dire pour lui de compagne réellement aimée. Et puis un beau jour, il tombe sur Rosette, charmante coquette courtisane et courtisée, qui lui fait un peu plus d'impression que les autres et devient sa belle amie en titre... jusqu'à ce qu'il s'en lasse, au bout de quelques mois, sans pour autant oser rompre, tant la dame semble éprouver d'amour pour lui. Sur ces entrefaites arrive à leur campagne un certain Théodore, jeune damoiseau dont la tournure et la beauté vont passablement chambouler d'Albert...

"Longtemps je n'ai pu croire à ce qui était ; je me suis écouté et observé attentivement. J'ai tâché de démêler cet écheveau confus qui s'enchevêtrait dans mon âme. Enfin, à travers les voiles dont elle s'enveloppait, j'ai découvert l'affreuse vérité... Silvio, j'aime... oh ! non, je ne pourrai jamais te le dire... j'aime un homme !"
(mon passage préféré XD)

Bref, vous l'aurez compris, d'Albert s'éprend de ce cavalier qui n'est autre que la fameuse Madeleine de Maupin travestie, et dont l'audace toute virile mêlée à son charme presque indéniablement féminin font bien des ravages du côté des deux sexes... Rosette n'aime en réalité que Théodore et d'Albert, quoique se doutant de la vérité, plonge dans des abîmes d'angoisse et de tourments tant l'horrifie cette passion nouvelle pour une créature qui n'est véritablement femme qu'à ses yeux à lui.

Dire que j'ai aimé ce roman ne serait pas suffisant : certes, il ne m'a pas fait entrevoir le nirvana comme Le Capitaine Fracasse (*dit la fille qui se tape un orgasme rien qu'à lire la scène du duel sur le Pont-Neuf entre Sigognac et Lampourde*), mais il m'a au moins permis d'atteindre le quatre ou cinquième monde de la métempsychose, ce qui ne m'était plus arrivé depuis L'Homme qui Rit de Victor Hugo (*dit la fille qui a préparé trèèèès sérieusement son concours blanc et ses épreuves ENS...*). 

De fait, Gautier ne met pas ici sa plume au service de la truculence et des aventures rocambolesques d'une troupe d'archétypes ouvertement romanesques, mais bel et bien à celui du lyrisme amoureux mâtiné d'humour et d'irrévérence profonde. L'écriture est sublime, mais la poésie n'invite pas aux larmes et à l'épanchement, au contraire : ce n'est pas un être humain, que l'on aime, c'est un androgyne mystérieux et angoissant, un être impossible et décalé dont le travestissement brouille toute les cartes et fausse toutes les situations, ce qui permet à Gautier bien des délires et bien des cocasseries. Théodore-Madeleine s'amuse et courtise Rosette, se laisse approcher, toucher, ne la repousse pas lorsque ses lèvres se posent sur les siennes, et même, se prend à éprouver quelque chose comme un désir confus et irrésistible face à cette femme offerte et dévoilée... D'Albert, lui, s'avance encore plus loin dans son monde de chimères, au point que lui même ne sait plus s'il fantasme sur un homme ou sur une femme, et l'un des plus beaux passages du livre est sans doute lorsqu'il déclare à Silvio : "Si je venais à savoir que Théodore n'est pas une femme, hélas ! je ne sais point si je ne l'aimerais pas encore."

A la fois comique et élégiaque (ni d'Albert ni Théodore, les deux principaux narrateurs, ne manquent de verve et d'humour détaché), le roman est d'autant plus subversif qu'il joue constamment sur la limite entre explicite et suggestif, abusant joyeusement de la périphrase pour mieux faire ressortir son immoralité. Mademoiselle de Maupin reste un roman du masque, qui se contente de soulever légèrement les tentures au fond de la ruelle pour ne faire qu'entr'apercevoir "deux frères ennemis" aux pointes dressées sous les chemises de baptistes, sans lumière ni explication... mais avec un art consommé de l'effronterie et surtout, oh oui surtout de la poésie, qui font de chaque nouvelle confidence de Théodore et d'Albert un véritable régal. 

A consommer sans modération, pour les amoureux du style romantique, sublime et torsadé, du décalage à la Marivaux, de l'impertinence à la Diderot, et surtout du romanesque et des sourires canailles qui se dessinent sous le rebord d'un grand chapeau à plumes...

NB : Punaise, même quand je fais un effort, mes chroniques partent en live et font 3km ç_ç
 
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Lundi 27 avril 2009
Eeeeet me voici de retouuuuuur !! *tadaaaaa* Après quatre semaines de révisions (plus ou moins) intensives, de concours blanc et de concours ENS, j'ai passé trois jours à dormir non stop, afin d'être en pleine forme pour cette rentrée dans le monde des blogs littéraires XD
Ahem.
Avant de commencer la review du jour, quelques news en vrac, tant que j'y pense : 
-Changements sur le blog, et pas seulement au niveau de la bannière : j'ai viré les deux galeries de dessins ("Dumas (fanart)" et "Miroir (illus)" ), attendu que j'ai réactivé ma galerie DeviantArt après plus de deux ans d'absence. Vous y trouverez la quasi totalité de mes oeuvres, ou du moins celles que je juge les plus réussies^^. Cela signifie que sauf exception, ce blog sera désormais uniquement consacré aux chroniques de lecture et d'écriture, sans plus de dessins.
-J'ai également viré les deux barres de stats écriture, pour une raison évidente : Miroir est terminé, et je me consacre en ce moment aux corrections/réécritures^^. Promis, des nouvelles bientôt^^ 

Bon, ça, c'est fait. La suite, maintenant XD

Au delà de L'Oraison
"La Langue du Silence" (t.1)
Samantha Bailly

 
 
Mylianne Manérian est une jeune fille sans histoire. 
Alors pourquoi est-elle retrouvée morte dans une ruelle lugubre ? De l'avis général, c'est l'œuvre des clans, ces rebelles qui menacent la paix du royaume. 

Les deux sœurs de la défunte, Aileen et Noony, ne se satisfont pourtant pas de cette explication. Aileen, envahie par la haine, est prête à tout pour venger sa cadette au risque de se trouver mêlée à des intrigues qui la dépassent. Noony, quant à elle, se révolte en apprenant que leur royaume projette d'envahir Rouge-Terre, un continent voisin, quitte à faire des milliers de victimes. 

Au milieu de l'indifférence générale - la mort est une généreuse source de revenus - les deux sœurs vont tenter de stopper les conflits et de révéler au grand jour les manipulations de leurs dirigeants.

Présentation piquée sur le site de Sam, parce que j'ai la flemme d'inclure ça dans la review :

Grammaire : une oraison est un assemblage de mots qui forment un sens complet et qui sont construits suivant les règles grammaticales.
Religion : une oraison est une prière méditative centrée sur la contemplation divine.

L'Oraison funèbre est un discours prononcé à la louange d'un mort.

Dans le roman, il s'agit d'une oraison funèbre liée à un rituel magique et mystérieux, qui est le travail rémunéré des oraisonniers. C'est une cérémonie consistant à envoyer les morts sur leur planète attribuée à la naissance dans un procédé de réincarnation. Considérée comme un art puissant et sacré, seules les personnes formées dans la Corporation des Marchands d'Etoiles, résidant dans la cité de Manérian, peuvent accéder à ce savoir. L'art d'Oraison s'appuie sur l'Astrascisme, la religion maîtresse dans le Royaume d'Hélderion.


Avant toutes choses je tiens à remercier Sam, l'auteur de ce roman (dont le site se trouve en lien dans ces colonnes depuis un bon moment, déjà), d'abord pour l'avoir écrit, ensuite pour nous avoir fait partager l'aventure de sa publication depuis le début ou presque, et enfin pour la très gentille dédicace à laquelle j'ai eu droit malgré mon étourderie lors de la commande ^^;


Tout d'abord, j'avoue que je ne suis pas du tout une lectrice de Fantasy, c'est un genre que je n'aime pas, pour beaucoup de raisons, dont Au delà de l'Oraison se trouve précisément être l'illustration parfaite. Cela ne signifie pas que je n'ai pas aimé le roman, au contraire, mais tout ce qui ferait sans doute ses qualités aux yeux d'un amateur du genre, m'est au contraire apparu à moi comme un certain nombre de défauts, ou plutôt comme des éléments que je savais nécessaires et cohérents avec le genre et l'intrigue, mais qui m'ont profondément agacée à titre personnel. C'est d'ailleurs valables avec tous les bouquins de SFFF qui me tombent sous la main ^^; 

[Ex-cursus généralisant, ou "Pourquoi Andro n'aime pas la fantasy". Si ça vous gonfle, vous pouvez passer directement à la suite de la review, un peu plus bas^^]
En fait, je n'aime pas la fantasy parce que même si je comprends l'intérêt de la démarche et toutes les possibilités qu'elle offre, je trouve dommage (et même carrément inutile, souvent) de choisir de créer un autre monde de toutes pièces alors que le nôtre est déjà si riche et si complet. De plus, à une échelle plus ou moins importante, cet "autre monde" est toujours là pour renvoyer au nôtre, au final, pour nous parler de nous et de ce que nous vivons de manière détournée et indirecte. "Mais à quoi bon, alors ?" : c'est une phrase que je me suis répétée souvent en lisant Au delà de l'Oraison, parce que j'ai trouvée que les insuffisances du "procédé fantasy" y était assez flagrantes, même si compensées par la très grande cohérence de l'univers qui est construit (mais ça c'est un point positif sur lequel je reviendrai plus bas ).

Le premier point, c'est la langue : utiliser le français (ou toute autre langue), qui est un système de communication précis dont chaque signe renvoie à un élément civilisationnel de NOTRE monde, pour en créer un autre qui n'a rien à voir, ou presque, c'est lui coller un énorme handicap dès le départ : il est bâti avec le squelette d'un autre. Dans Au delà de l'Oraison, bon nombre d'éléments font sentir ce décalage de façon plus ou moins cruelle : les poèmes de Shala sont plus ou moins bâtis sur une métrique et des règles qui sont celle de "notre" métrique classique, des éléments tels que les étoiles à cinq branches, les narguilés, les prénoms même ("Alexian", "Yamilia", "Aileen"... ce sont des noms qui existent dans notre monde) sont des symboles ou des objets qui connotent et renvoient à d'autres civilisations que celles du monde des Trois-Royaumes... c'est ce qui m'a souvent fait tiquer en lisant (mais je répète, c'est comme ça à chaque fois que je me plonge dans un bouquin de fantasy ou de SFFF en général) et du coup me faisait sortir de ma lecture en grognant... Je trouve ça franchement dommage :/
[/fin de l'ex-cursus anti-fantasy d'Andro]

Ici, l'histoire commence avec le meurtre de la jeune Mylianne, benjamine de la famille Manérian, autour de laquelle est bâtie l'intrigue : tout le bouquin découle de cet événement et des réactions en chaîne qu'il provoque, tant dans les choix et la psychologie des deux soeurs que dans les résonnances politiques qui l'accompagnent. En (très) gros, ce monde est composé de trois continents : Heldérion, royaume dominant et terre où s'est épanoui l'Astrascisme, religion complexe fondée sur la croyance que le destin de chaque individu est lié à l'astre sous la protection duquel il a été placé à sa naissance, et où son âme est "envoyée" après sa mort grâce à la cérémonie de l'oraison. Ce rituel produit du même coup une certaine quantité de "résuadine", substance mystérieuse censée contenir une partie de l'âme du défunt, et que les oraisonniers revendent ensuite au gouvernement, s'assurant ainsi une bonne source de revenus... et de fait, ce commerce de la résuadine est un élément clé de l'intrigue, en ce qu'il creuse un fossé entre la véritable Foi (prononcer l'oraison d'un mort est un acte noble, qui lui permet de trouver le repos) et les implications économiques de cette religion (en gros, plus il y a de morts, plus il y a de résuadine, donc plus on a de sous). C'est ainsi que les deux guerres de conquêtes, la première lancée contre le royaume de Thyrane, achevée depuis plusieurs années, et la deuxième qui se déclare au milieu du roman avec le continent Rouge-Terre, lancées soit-disant pour sauver les âmes des hérétiques en les convertissant à la véritable foi, apparaissent peu à peu comme beaucoup plus scabreuses... et ce sont toutes ces magouilles et incohérences politiques, dont le meurtre de Mylianne n'est que l'une des nombreuses manifestations, qui vont peu à peu amener les personnages à douter et à remettre leur monde en cause.

Comme je l'ai dit plus haut, la Fantasy n'est vraiment, mais alors vraiment pas ma tasse de thé... Cependant j'avoue avoir pris du plaisir à lire ce roman, car l'auteur a fait un véritable effort de cohérence et de construction par rapport à l'univers qu'elle invente. C'est donc un véritable plaisir de le découvrir petit à petit sous tous les angles, dans toutes ses subtilités^^ Bien sûr, cela reste un roman jeunesse (même si certaines scènes, comme le viol-meurtre de Mylianne ne sont pas précisément pour les gamins), mais les thèmes abordés, comme le décalage entre la pureté de la Foi et le pragmatisme vénal de l'Eglise, les conflits religieux, ou encore la difficulté à se détacher du dogmatisme et de ses propres préjugés, tout cela font de La Langue de Silence un roman intéressant et très agréable à lire^^

Le début passe un peu vite sur la mise en place des personnages et leur développement psychologique, ce qui fait qu'on est souvent un peu largués quant à l'évolution de leurs relations... mais tout cela s'améliore au fil du roman, et j'avoue avoir beaucoup aimé les "surprises" de la fin, ainsi que la cohérence globale des chemins suivis par les personnages. Le manichéisme de ces derniers m'a par contre un peu gonflé : en gros, les femmes sont les Gentilles, les hommes sont les Méchants. Il y a des nuances, bien sûr, mais le schéma reste tout de même celui-ci, et j'avoue avoir eu du mal à le supporter. J'ai du mal avec les personnages féminins en général, d'ailleurs... à mon sens y'a pas plus horripilant qu'une héroïne dans les romans d'aujourd'hui ^^; mais ça reste un avis personnel, bien sûr XD

Enfin, pour terminer sur une note positive, ce que j'ai vraiment beaucoup aimé, dans ce roman, c'est l'hommage discret mais constant qu'il rend au langage et à la poésie, à l'art de manipuler les "Signes", qui sont et seront toujours l'essence de notre perception du monde. Qui sait s'en servir peut dès lors choisir entre la Langue du mensonge... et le Silence de la vérité. 

A lire donc ;) Si vous voulez vous faire une idée par vous même, allez donc visiter le site de Samantha, en lien dans la catégorie "Où il fait bon s'égarer", ci-à gauche^^

PS : Et encore une chronique qui ne ressemble à rien... Bravo à vous si avez réussi à lire jusqu'au bout =.=° Un jour, 'faudra vraiment que je fasse l'effort de raccourcir et organiser tout ça ^^;;;
 
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Lundi 16 mars 2009
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Miroir est terminé.
Après trois ans, presque quatre, de giclées d'encres, de sueur et de larmes,
j'ai posé un point final à mon premier roman.

La période est mauvaise, mais la nouvelle est bonne,
pour moi du moins.

J'espère survivre encore un petit moment...
Encore quelques semaines. Bientôt la libération. 

J'ai encore une fois déserté le net et la blogosphère (mea culpa),
mais je ne pense pas pouvoir revenir avant un petit moment, encore...

Besoin d'une (longue) pause.

Mais promis, je reviendrais. Bientôt.

Avec de nouvelles chroniques,
de nouvelles lectures,
de nouveaux délires sur le monde merveilleux des aventures de Cape et d'Epée.

Bientôt la libération.

We'll meet again !

 
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Mardi 17 février 2009
Tagguée par Praline, je sors de mon exil quasi volontaire (ce n'est qu'à moitié ma faute : je croule sous le boulot et je consacre chaque minute libre à mon chapitre 19 ç_ç !!) pour vous donner un aperçu de ma PAL...

 
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... ou plutôt de mon coffre au trésor ! :D (avec en prime un bout de chemise à jabot et mon énorme frise chronologique pas terminée)


Et plus précisément, puisque c'est le meme qui veut ça, un petit échantillon du contenu :
 
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La photo est floue, mais j'ai eu la flemme de recommencer =.=° 
Alors, dans ce tas là, je dirais qu'en ce moment, ceux qui me font le plus envie sont El Cid de José Luis Corral (parce que je manque cruellement de romans historiques),  La pierre et le sabre d'Eiji Yoshikawa (parce que je manque cruellement d'épopées) et Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis (parce que je manque cruellement de fous rires).
Et ceux qui me font le moins envie... euh... peut-être bien Les séquestrés d'Altona, de Sartre, qui traîne là depuis je ne sais pas combien de temps, et qui à mon avis va prendre la poussière encore un moment XD

Et pour le tag... Ma foi, peut-être que Gaby voudra bien s'y coller ? ;)

Voilà, je retourne à mes révisions... dernier coup de collier avant les vacances, et après, promis, j'arrête de faire la morte. Du nouveau tout bientôt, avec sans doute une EXcellente nouvelle  à clé :D 

D'ici là, portez vous bien, les gens !^^ 
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Lundi 19 janvier 2009
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S'il y a bien une chose que je déteste avec Photoshop, c'est que ces ******* de pixels décalés de *****, eh ben ils n'apparaissent JAMAIS sur la version .psd... résultat on ne les remarque toujours qu'après coup =.=° Heureusement, ça ne se voit que sur la preview, pour le coup... 'faut cliquer pour avoir le machin en taille réelle ET à peu près propre ç__ç

Sinon, il s'agit bien évidemment de Miroir et Aurélien. Avec la fin qui approche, je voulais être sûre de les avoir immortalisé au moins une fois ensemble ;) C'est d'ailleurs plus ou moins le pendant de ce dessin, qui lui représente l'autre paire de zouaves^^

Un jour, je finaliserai une colo correctement... 
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Dimanche 18 janvier 2009
King Kong Theorie
Virginie Despentes



J'écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n'ont pas envie d'être protecteurs, ceux qui voudraient l'être mais ne savent pas s'y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l'idéal de la femme blanche séduisante qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu'il n'existe pas.

Je me suis remise en mode "autiste du web", et je crois bien qu'il en sera ainsi jusqu'au bouclage du dernier chapitre de Miroir... mais en attendant, un peu de répit dans l'Avalanche de Boulot m'a permis de lire ce petit bouquin que m'avait prêté une copine de classe, en m'assurant "que j'allais bien me marrer". 

De fait, c'est vrai, y'a une paire de passages qui m'ont fait rire, même si ce n'était peut-être pas leur but premier XD Virginie Despentes est une des grandes figures du néo-féminisme actuel, auteur du célèbre et censuré Baise-moi (que je ne connaissais pas du tout XD). Or, le féminisme et moi, ça fait définitivement deux. Le livre, très court, se présente comme un essai autoréflexif de l'auteur sur sa propre évolution, en même temps qu'il développe ses théories sur le pourquoi du comment du regard porté sur la femme dans nos sociétés actuelles. Tel quel, je serais incapable d'être plus précise, car il faut bien avouer que le bouquin m'est un peu passé au dessus. 
En fait, Despentes analyse successivement le Viol, le Sexe, le Porno en tant que pratique et institution, et enfin le film "King Kong" de Peter Jackson, pour en faire ressortir la symbolique, l'origine sociale et psychanalytique, ainsi sa propre expérience par rapport à la chose. En gros, ce qui ressort de tout ça (ou plutôt ce que j'en ai retenu deux jours après), c'est que la féminité n'existe pas dans sa forme "positive" : il n'y a pas de féminité possible sans "putasserie", comme elle le dit, et pour peu que la femme assume son côté "masculin", elle la perd. 

Je préfère passer sur son analyse freudienne qui explique la vérité profonde de la société par les rapports Phallus/Vagin, parce que sinon je vais dire des bêtises (c'est affreux, le manque de mémoire à court terme pour les trucs qui ne passionnent pas O.O), et qu'en plus je ne suis pas persuadée que ça vaille vraiment le coup de s'étaler là dessus.

En fait, le seul point qui m'a vraiment paru intéressant, dans ce bouquin, c'est le récit de son expérience de prostituée. Elle explique que toutes les filles du métier ne rentrent pas dans le moule de la pauvre fille exploitée victime de la société et tout le bazar, et que pour certaines c'est avant tout un métier comme un autre, qui permet de gagner sa vie seule et mériterait des conditions de travail légales. Elle raconte également comment le plus dur, ça n'a pas été de coucher avec des clients, mais bel et bien de coucher avec des êtres humains, souvent impossibles à mépriser de par leur fragilité même. C'est un point de vue assez inédit, et j'avoue qu'il ne m'a pas laissée indifférente à la question.

Pour le reste, un peu de chroniques, un peu de réchauffé, un peu de vulgarité (les trois dernières pages, quoi ! O.O) , et surtout pas mal de pamphlets contre la société occidentale contemporaine en général. Et étant donné que je me désintéresse profondément de cette dernière depuis un bon bout de temps, je n'ai pas réussi à entrer dans le livre de Despentes. Elle ne dit pas que des bêtises, loin de là, et certaines de ses remarques sonnent même plutôt juste, mais non, décidément, ça n'explique pas tout, et à moins de le prendre au second degré (ce qui à mon avis est indispensable sur certains passages), je dirais qu'au final, ce genre de bouquins donne surtout l'impression d'être une vaste séance d'enculage de mouches.

Et l'enculage de mouches, au fond, ça ne vaut vraiment pas la peine d'en faire tout un foin...

PS : Mon identité de femme se porte bien, merci.

PPS : Je suis désolée pour cette chronique à l'arrachée, mais je n'ai vraiment pas été inspirée des masses, pour le coup...

 
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Samedi 10 janvier 2009

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If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you.
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting.
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise:

If you can dream -and not make dreams your master
If you can think -and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools.
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build'em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: "Hold on!"

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings -nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds' worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that's in it,
And -which is more- you'll be a Man, my son!

Rudyard Kipling, 1910.


*


PS : Pour une fois que je réussis un décor pas trop moche... Cliquez dessus si vous voulez profiter de la Betterave dans toute sa majesté^^



 
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Mercredi 31 décembre 2008
L'An 2440, Rêve s'il en fut jamais
Louis Sébastien Mercier



Publié en 1771, L'An 2440, Rêve s'il en fut jamais nous entraîne dans un voyage inédit : Louis-Sébastien Mercier, l'auteur des célèbres Tableaux de Paris,s'endort un soir à minuit et se réveille quelque sept cents ans plus tard, dans un Paris totalement nouveau. Sorte de Persan dans la capitale, il s'étonne de tout, est lui-même objet de curiosité et tire de sa vision de profondes réflexions tant politiques que sociales et économiques.
Le Paris de 2440, « auguste et respectable année », apparaît au lecteur à la fois comme un songe merveilleux et la description d'une société idéale. Louis-Sébastien Mercier, nourri des Lumières, croit en effet en la mission prophétique des philosophes et écrivains et délivre, avec L'An 2440, sa vision d'un monde meilleur. À la fois premier roman d'anticipation, lançant une mode qui s'étendit rapidement à toute l'Europe, et peinture réaliste d'un univers quotidien, ce récit étonnant mêle une critique acerbe du XVIIIe siècle et une description du « Monde comme il va », selon l'expression de Voltaire.
Le Paris futur décrit par Mercier peut nous sembler déjà dépassé en l'an 2000. Mais il est un témoignage politique, littéraire et moral essentiel sur les rêves d'une génération qui a voulu et fait la Révolution française, et espéré construire un monde meilleur. Ce guide de Paris en l'an 2440 - promenade à travers ses rues et ses monuments, rencontre avec ses habitants -, ce tableau d'un Paris futur, n'expriment pas seulement, sous la forme du songe, les aspirations et les idées du XVIIIe siècle. Il nous invite aussi à considérer avec une certaine distance nos propres fantasmes de l'an 2000.


Après deux semaines passées à faire la morte trimer sur mon chapitre 19, j'ai enfin trouvé le temps de me mettre à ce roman qu'un extrait étudié en classe m'avait terriblement donné envie de lire, et que je remercie encore une fois Ys de m'avoir prêté ! (promis, je te le renvoie dans les jours qui viennent !)

A vrai dire, j'ai été assez surprise, voire un peu déçue par certains côtés. Ce livre que l'on présente comme le tout premier roman d'anticipation est en fait moins une uchronie à proprement parler que la "réécriture" complète d'un siècle et d'une société. En effet, la démarche de Mercier est avant tout celle d'un critique, d'un homme de lettres héritier des Lumières (et de Rousseau en particulier) qui examine chaque aspect et chaque élément de cette fin de XVIIIe dans laquelle il vit, pour en faire ressortir les vices et les corriger par l'écriture.
Le Paris dont rêve le narrateur n'est pas un Paris "futuriste", c'est le Paris des années 1770, mais vu à travers le prisme d'un idéal utopique et plus ou moins conforme aux aspirations des philosophes de l'époque. De fait, la "promenade" de Mercier n'est que le prétexte à décrire un système urbain où l'on ne s'écrase plus à tout va, où les gens ne font plus débauche de luxe, où la vertu est devenu le maître-mot du royaume et où chacun pense en priorité au bien-être de l'Etat et de son prochain...

Pas un Jules Verne avant l'heure, donc, mais une espèce de conte philosophique à la Voltaire ou à la Montesquieu, où le regard de "l'Autre" se trouve en quelque sorte dédoublé : non seulement l'étonnement du narrateur permet la description du fonctionnement de cette société idéale et des principes qui la gouvernent, mais encore les habitants de ladite société passent-ils au moins autant de temps à lui expliquer comment ils vivent qu'à lui démontrer combien son siècle à lui était barbare et mal fichu. Et s'il y a roman d'anticipation, il est bien davantage dans certaines "intuitions" quasi-prophétiques de Mercier pour les décénies à venir que dans ce XXVe siècle où l'on en est encore à rouler à carosse et où l'essentiel des connaissances se résume toujours plus ou moins au contenu de l'Encyclopédie.
Car Mercier, s'il est très loin d'être républicain et démocrate (au moins dans ce bouquin, même s'il se rangera du côté des Révolutionnaires en 89), se montre assez visionnaire dans certains aspects de l'évolution qu'il imagine pour le monde : profondément anti-esclavagiste et anti-colonialiste (voire carrément anti-raciste, ce qui pour l'époque, je crois, est quand même assez énorme), il prédit une libération des peuples opprimés par les Européens (en particulier les Noirs et les Indiens) par eux-mêmes, l'abandon des possessions du Nouveau Monde... et même quelque chose comme la formation des Etats-Unis d'Amérique ! (que Monsieur de C. me donne un démenti si je me trompe, mais je crois que les troubles pour d'Indépendance n'ont commencé que beaucoup plus tard).
En revanche, Mercier croit visiblement très fort à une "supériorité naturelle" de l'Europe... puisqu'il prévoit aussi une hégémonie de la religion chrétienne, et même de la culture française en général, ce qui pourrait ressembler à une espèce de "mondialisation" avant l'heure... (on joue Cinna jusque dans le palais de l'Empereur de Chine, et la langue de Molière est pratiquement devenue leur langue officielle O.O). Autre "prémonition" assez surprenante, sur le plan littéraire cette fois : c'est tout juste s'il ne prédit pas explicitement le Cromwell de Victor Hugo et les conceptions romantiques du théâtre et de l'exaltation du sentiment en général !

Ce bouquin de Mercier relève donc beaucoup plus du "tableau critique" et de l'essai sur des considérations sociales, économiques et culturelles que du véritable roman. Le tout est loin d'être inintéressant, mais j'avoue que la peinture de cette société et de ce système entièrement vertueux a quelque chose d'assez fastidieux à lire... et ce d'autant plus qu'elle se fait en parallèle avec un démontage systématique. De plus, les "vertus" et les valeurs prônées par Mercier, pour avoir quelque chose de progressif en ces années 1770, apparaissent aujourd'hui comme doucement risibles et surannées (certains passages sur les femmes, en particulier... =.=). Son ton virulent et sans concession fait rarement sourire (et si c'est parfois le cas, on sent que ce n'était pas du tout le but de l'auteur), ce qui fait qu'à la longue, le lecteur a plus tendance à s'ennuyer qu'autre chose... un peu dommage, même si au fond, on pourrait dire que c'est le genre même de l'utopie qui veut ça. Après tout, quoi de plus désespérant qu'une humanité parfaite ? 

Si on peut garder ça à l'esprit, ainsi que l'air du temps et les aspirations du XVIIIe, alors on savourera ce bouquin pour ce qu'il est : un témoignage précieux et un miroir qui nous invite à réfléchir sur la relativité des époques et des changements. 
Publié dans : Bibliophagie
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