L'Hurluberlue

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Mardi 12 février 2008

Qui est l'énigmatique W.H. à qui sont dédiés les Sonnets de Shakespeare parus en 1609 ? La mystérieuse dédicace a fait couler beaucoup d'encre et de multiples hypothèses sont encore aujourd'hui évoquées. En 1889, Oscar Wilde se fait l'écho de certaines théories existantes en écrivant ce petit drame à trois personnages, dans lequel il mêle ses réflexions sur l'art du faux et du mensonge.

De fait, l' "écho" est magistral. Depuis la conférence B. Degott sur les Sonnets, je mourrais d'envie de lire ce bouquin, qui brosse le portrait de Willie Hugues, jeune acteur de la troupe de Shakespeare, qui aurait inspiré au poète l'amour dévorant qui éclate dans les Sonnets. La thèse de l'homosexualité de Shakespeare est d'autant plus intéressante qu'elle est ici défendue par un auteur qui avait lui-même une réputation des plus sulfureuses, et dont toute l'oeuvre est bâtie sur la question de la Vérité, de l' Authenticité, et de l'oeuvre d'Art.
De fait, ce petit bouquin en est réellement une.
L'intrigue est bâtie autour de l'enquête menée par les trois protagonistes, au milieu du XIXe : Cyril Graham, acteur et étudiant, passionné par Shakespeare et le premier qui imaginera le personnage de Willie Hugues, dont il retrouvera la trace et bâtira l'identité à partir des seuls Sonnets ; Erskine, son ami, qui ne se mettra à croire à "Willie Hugues" qu'à la fin, juste avant de mourir, et enfin le narrateur, d'abord fervent défenseur de la thèse de Graham, qui finira quant à lui par cesser tout à fait d'y croire.
Car la "thèse" Willie Hugues est parfaite, en ce qu'elle recolle tous les morceaux, éclaire tous les points d'ombres, et donne aux Sonnets ( et à toute l'oeuvre de Shakespeare ) une dimension véritablement sublime, au sens propre du terme. Shakespeare aimait Willie Hugues, mais pas comme la lecture traditionnelle des Sonnets le laisse supposer, c'est à dire comme un amant/ami ordinaire, ou même comme si WH avait été le Moi Idéal de Shakespeare lui-même. Non, ici, ce qui est démontré, c'est que Shakespeare aimait WH à deux niveaux : pour lui-même et surtout pour l'art qu'il était capable d'engendrer, pour la Poésie -magistrale et immortelle- qu'il lui inspirait et à laquelle il donnait vie en l'incarnant sur scène. Les Sonnets ne seraient alors plus une oeuvre à part entière, mais une clé de voûte, un brouillon préparatoire et/ou récapitulatif ou Shakespeare aurait donné la clé de son Génie. 
Alors oui, la thèse Willie Hugues est parfaite... à ceci près que Willie Hugues n'existe pas. Ou plutôt, que la seule preuve tangible de son existence ( en dehors de l'intuition profonde des amoureux de l'art que sont Graham et les autres ) est un portrait, mais que ce portrait est un faux. Un faux réalisé dans le seul but de matérialiser WH, de lui donner une identité palpable pour la Raison, quand l'art, on le sait, va bien au delà de la Raison. Shakespeare a-t-il aimé ce jeune homme ? Ce jeune homme était-il réellement si beau, si parfaitement capable de faire vivre les personnages sur scène, qu'il ait pu insuffler au poète le pouvoir d'atteindre à l'immortalité de l'Art ? Et les vers de Shakespeare, ne sont-ils pas eux-mêmes son immortalité à lui, sa renaissance éternelle ? Willie Hugues a pu trahir Shakespeare en ne l'aimant pas, mais Shakespeare savait bien que ce qui comptait le plus, ce n'était pas tant l'amour de Willie que son existence : si lui parvenait au sommet de son art, c'est à dire à écrire des pièces qui ne cesseraient jamais d'être jouées, alors Willie ne cesserait jamais d'exister. Il était ses rôles, il était Juliette, Desdémone, Rosalinde, Ophélie... Et tant que Juliette, Desdémone, Rosalinde et Ophélie seront incarnées sur scène, alors WH ne mourra pas. C'est l'existence de Willie Hugues qui a permis à l'oeuvre de Shakespeare d'exister, mais seule l'oeuvre de Shakespeare permet de penser que Willie Hugues a pu exister. 
Pour le reste, WH n'est qu'un fantôme. Une imagination , une "perversion", presque, pourrait-on penser, de la signification des Sonnets, somme toute fort mineurs dans l'oeuvre du poète. 
Il n'y a plus alors, pour ceux qui y croient et qui ne peuvent prouver son existence, qu'à mourir ou à cesser d'y croire. Parce que le monde n'accepte pas qu'il y ait plusieurs vérités, n'accepte pas la remise en cause de ce qui doit être LA Vérité.
De fait, la thèse même évoquée par Wilde, celle de l'homosexualité de Shakespeare, qui a été retournée contre lui pendant son procès, prend tout son sens : il n'y a pas d' "identité" homosexuelle à pointer du doigt, il n'y a pas de preuve absolue, pas de Vérité cachée. Il n'y a que des personnes, comme dit Pascal Aquien. Des personnes et leur sensibilité, des personnes et leurs rêves. De là, l'esthétique prime sur tout, et tout peut valoir, sans forcément être vrai : il suffit que ce soit beau. 
Willie Hugues n'existe pas ? Qu'importe, il a sa vérité dans l'Art. 
L'absence de Vérité remet en cause certains principes, comme l'Eglise ou la Société ? Qu'importe, le raisonnement est beau, et de ce point de vue là, il ne peut que sonner juste.
L'esthétisation du scandale ( que représentait à l'époque l'homosexualité ) ouvre la voie à tous les travers ? Qu'importe :  Wilde ira même jusqu'à suggérer la beauté du crime. Beauté d'apparence, beauté vraie, mais qui peut elle aussi être remise en cause.
Et cela, c'est tout ce qui fera Le Portrait de Dorian Gray.

Et juste parce que c'est mon préféré, et qu'il est magnifique, tout simplement :

Whoever hath her wish, thou hast thy Will
And Will to boot, and Will in over-plus;
More than enough am I that vex thee still,
To thy sweet will making addition thus.
Wilt thou, whose will is large and spacious,
Not once vouchsafe to hide my will in thine ?
Shall will in other seem right gracious,
And in my will no fair acceptance shine ?
The sea, all water, yet receives rain still,
And in abundance addeth to his store;
So thou being rich in Will add to thy Will
One will of mine to make thy large Will more.
   Let no unkind no fair beseechers kill;
   Think all but one, and me in that one Will.
William Shakespeare, Sonnet CXXXV
[...]
Make but my name thy love, and love that still,
And then thou lov'st me for my name is Will.
William Shakespeare, Sonnet CXXXVI

( Si chacune a son désir, tu as ton Envie
Et de l'Envie en sus, et l'Envie en trop-plein
C'est moi plus qu'assez qui toujours te contrarie
Pour ajouter à ton envie par ce moyen.

Vas-tu pas, toi dont l'envie est large et spacieuse
Condescendre à cacher mon envie dans la tienne ?
L'envie paraîtra-elle en d'autres si gracieuse
Qu'aucune approbation pour mon envie ne vienne ?

La mer, quoique toute eau, reçoit encore la pluie
Et en abondance elle ajoute à son stockage
-Riche en Envie de même, ajoute à ton Envie
Mon envie d'élargir ton Envie davantage

Ne tue point de charmants soupirants d'un nom vil
Prends tout ça comme un seul, et moi dans ce seul Will.

[...]
De mon nom seul fais ton amour, toute ta vie
Et tu m'aimeras car mon nom est Will, Envie.)
Traduction de Bertrand Degott ( que je n'aime pas des masses, car elle appauvrit beaucoup le poème, mais c'est la seule que j'aie sous la main T_T )

Publié dans : Bibliophagie
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Dimanche 10 février 2008
Après trois ou quatre semaines de frustration intense sur le plan de la créativité, il semblerait que je commence à surmonter le blocage. Quinze lignes écrites cette semaine, deux ou trois gribouillis, quelques scènes profondément stupides qui me trottent dans la tête... Tout ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais c'est bon signe. Parce que je crois avoir compris ce qui m'arrivait : j'étais sortie de mon univers de chapeaux à plumes et autres chevalieuseries. J'ignore comment vous fonctionnez, vous autres camarades qui écrivez et/ou dessinez et/ou rêvez, mais pour moi, si je dois plonger quelque part pour en tirer matière à créer, il faut que je plonge toute entière. 
Sans concessions, ni regards en arrière. 
Suffisamment loin, en tout cas, pour être capable d'exhumer certains trésors cachés. 
Et je crois bien que ce qui m'empêchait d'avancer sur Miroir, ces derniers temps, c'était tout bêtement le fait de m'en être un peu détournée. Un ou deux détour par Fanfiction.net, l'antre du Mal, la relecture de certaines histoires de Gaby, de quelques unes des miennes aussi, mon propre besoin de changement, de nouveauté, tout cela faisait que je m'étais remise à lorgner sur certains fandoms auxquels je croyais ne plus devoir toucher. Harry Potter, pour ne citer que lui.
En bref, Miroir, Aurélien et le Chevalier s'étaient fait un peu pâlots dans mon imaginaire... sans que je m'en rende vraiment compte.
Jusqu'à hier soir, la révélation, et le relatif coup de cafard qui en a découlé. Relatif, parce que bon, ce n'est absolument pas la fin du monde, mais coup de cafard, parce que s'il suffit de si peu à une maman pour délaisser son bébé, alors je ne suis pas prête de mettre un point final à ce fichu roman. 
Parce qu'il n'y a rien de plus aléatoire que les envies, les besoins, les contrées vers lesquelles l'Imaginaire a envie de s'envoler. Pas de lézard, le rêve c'est ce qui, par essence, ne se maîtrise pas. Ne doit pas être maîtrisé. 
Mais quand aller rêver ailleurs vous fait mal au point de vous donner l'impression d'avoir trahi quelque chose ? Au point de vous faire vous demander si vous êtes toujours digne d'écrire ?
...
Peter Pan n'est pas qu'un rêve universel. C'est aussi un sale gamin. Une créature venue de Nulle-Part, aussi courageuse qu'ingrate, aussi attachante qu'effrayante. Peut-être que je commence seulement à comprendre pourquoi la lecture de l'oeuvre de Barrie m'avait laissé un goût aussi mitigé, à l'époque. Peter m'avait fascinée, mais il m'avait aussi mise un peu mal à l'aise. Parce qu'il est celui qui oublie, qui recommence sans cesse à zéro, et qui laisse les enfants qu'il a séduit continuer sans lui.
 
Alors, est-ce vous qui oubliez vos rêves, ou bien vos rêves qui vous oublient ?

J'avoue que je n'ai pas encore trouvé la réponse. Et en attendant, je vais essayer de faire un peu de ménage dans mon Neverland à moi. Je veux finir Miroir, je veux retrouver le pont de l'Aïcha, les coups d'épée au clair de lune, les froissements de tissu dans les couloirs de Versailles et les fous rires du soir en pensant aux bêtises de mes personnages. Mais je ne veux pas non plus que l'écriture me laisse un arrière goût de forcé, d'illégitimité.
Et je crois que pour le moment, la meilleure chose à faire est d'y aller à tâtons, sur la pointe des pieds, sans éclats de voix. Ils sont là, mes emplumés, cachés derrière une tenture ou un mât de beaupré, je le sais : je vois leurs ombres qui s'étirent dans un coin de mon Imagination. Mais ils sont comme ma manière de rêver : beaucoup trop entiers pour accepter les compromis. Tant que je ne les aurais pas compris de nouveau, ils ne se laisseront plus attraper. 

De la douceur, alors... Et peut-être un brin de ruse.
On ne sait jamais.

PS : Je tiens tout particulièrement à remercier Luminelya, qui m'a envoyé le compte rendu de sa lecture du manuscrit, ce qui m'a énormément aidé.

PPS : J'ai rajouté quelques liens, vers des endroits qui méritent le coup d'oeil. Allez donc faire un tour sur le second blog de Monsieur de C., le blog d'écriture de Marie, le site officiel de la très talentueuse Hito76 ( plein de dessins de beaux gosses pirates :p ) et enfin le forum RPG Venise la Magnifique, un peu mort en ce moment, mais qui mérite vraiment de repartir !
Publié dans : Prises de chou
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Samedi 2 février 2008
Après deux semaines de boulot intensif, passées à préparer khôlle sur khôlle et à me coucher avec les poules, je me suis offert une petite récompense : les trois tomes de ce que je ne suis pas loin de considérer comme une des meilleures BDs de sa génération.
Que les amateurs du genre et, plus simplement, tous les gens de goût, me pardonnent d'enfoncer une porte ouverte, mais Blacksad de Canales et Guardino, c'est vraiment du bonheur à l'état pur. Des dessins sublimes, des histoires qui vous prennent aux tripes, le tout servi avec une élégance et une fluidité à faire verdir de jalousie les plus grands.

Photobucket 

John Blacksad, détective privé et poissard de son état, qui nous prête ses yeux pour nous faire découvrir son univers rétro et décalé : le nôtre. 
Blacksad, ce sont trois enquêtes policières dans l'Amérique des années 50, où les humains sont des animaux, mais des animaux qui vous rappelleront furieusement ce que vous voyez quand vous croisez votre reflet dans le miroir. Des paumés, des pourris, des poètes, des putes... Et des choses pas très jolies. 

Photobucket  Photobucket

Le premier tome, Quelque part entre les ombres, est un bon vieux polar sanglant : Blacksad enquête sur le meurtre d'une actrice, Natalia Wilford, son ancienne maîtresse. Tournées de bars bien crados, combats au couteau dans le brouillard du petit matin, méditations dans les cimetières, coups de feux tirés dans les bureaux des plus grands. Pour Blacksad, c'est une page qui se tourne, et pour le lecteur, c'est une aventure qui commence. 
Le second, Arctic-Nation, est la consécration définitive. On avait bavé sur le premier, mais de celui là, on tombe raide dingue amoureux. Le trait gagne en force, le scenario aussi. Blacksad est chargé de retrouver une gamine disparue, dont on pense qu'elle a été enlevée par un des deux clans qui se tapent dessus dans le quartier de The Line. D'un côté les Black Claws, et de l'autre le clan d'Arctic-Nation : Noirs contre Blancs, dans une ville sinistrée où la misère populaire le dispute au conservatisme chrétien, le tout sur fond de crimes racistes et histoires de vengeance. Les cagoules blanches, les crucifix en feux, les courageuses traînées dans la boue et les pourris toujours vainqueurs, Blacksad se frottera à tout ça, en se prenant quelques coups au passage, mais non sans en rendre quelques uns. Magistral.
Le troisième, Âme rouge, prend place pendant le début de la guerre froide : le secret de la bombe atomique menace de n'être plus si secret que ça, la hantise du Rouge se développe, et un peu partout, on commence à traquer les communistes. Un peu moins polar, mais non moins passionant. Blacksad retrouve un de ses anciens professeurs, en même temps qu'il fait connaissance avec un groupe d'intellectuels de gauche, au sein duquel il ne va pas tarder à reconnaître sa vieille amie : Mme la Poisse.  Entre anciens nazis et nouveaux tyrans, maccarthistes et communistes, le chat noir va la clope au bec et tâche de limiter les dégâts. Mais pour nous, on n'en sort pas indemme.

Bref, Blacksad, c'est le bien. J'attends le quatrième tome avec impatience. Clin d'oeil à ceux qui connaissent, et pour les autres : jetez-vous dessus. Ca vaut vraiment le coup.

"-Et en quoi elle vous dérange, cette "racaille" ?
-Disons qu'elle salit tout. Avant que tous ces gens n'arrivent, ce quartier était un modèle de prospérité, et regardez maintenant : chômage et misère pour tous.
-Ce n'est pas vraiment le cas pour tout le monde, monsieur. Certains vivent encore très bien. Quel dommage que personne de votre famille ne puisse profiter d'un si riche héritage... Parfois, le mélange a du bon."
Blacksad, tome 2.
Publié dans : Bibliophagie
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Mercredi 23 janvier 2008
Huhu, plus de quinze jours que je n'ai rien posté. Que dire sinon que je suis débordée et que l'intellect est en crise ? 'Rien écrit de potable depuis bientôt un mois, et quoique je sois en pleine scène kitchouille entre Aurélien et le Chevalier, l'inspi' boude toujours. Et au delà de l'inpi', je crois que c'est ma plume qui est un peu malade. Je n'y arrive plus, je rame, j'ai peur.
Mais ça va revenir, ça revient toujours.

Enfin j'espère :/

Dans tous les cas, et puisqu'on parle de Miroir, je voudrais remercier Marilyne, qui s'est tapé le manuscrit entier ! Tu as ma reconnaissance éternelle, qu'on se le dise.

Et toujours pour ne pas poster à vide ( je reprendrais bien mes commentaires de lecture, mais j'imagine que mes considérations sur Platon et les leçons d'historiographie d'Antoine Prost n'intéressent pas grand monde XD ), la version colorisée d'un vieux dessin que j'avais posté tantôt :

Photobucket
Ca ne casse pas trois pattes à un canard, les ombres et les éléments de verdure sont merdiques ( sans parler des plumes qu'on dirait passées à l'amidon * ), mais je l'aime bien quand même.

En parlant de dessin, j'ai une requête à formuler, ô gens :

Photobucket Photobucket Connaîtriez-vous, par hasard, l'auteur de ces deux dessins ? J'ai ces deux avatars dans ma banque de données, mais je n'ai absolument aucune idée de qui a pu réaliser les dessins d'origine. Et j'avoue que je meure d'envie de les voir en entier, justement ç__ç Please, help ! *génuflexion et mains tendues*
Publié dans : News et autres bavardages
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Lundi 7 janvier 2008
La scène est dans une salle de classe, un jour de rentrée. Quelques étudiants, ça et là, échangent des voeux de nouvel an avec plus d'ironie tranquille que de conviction. Au tableau, madame le professeur de lettres et derrière elle, le planning des khôlles du trimestre. Ambiance morne. Sur les tables, des feuilles vertes retournées.
Andromède entre, va s'asseoir.
Les gens parlent.
Quelques sourires, entre compagnons d'armes un peu moins chiens que les autres : au Pays des Chacals-HK, ceux là sont des frères.

La sonnerie retentit.
Madame le professeur sourit.

"Bonne année à tous. Pendant que je distribue les interros de lecture, retournez donc les feuilles, tant qu'elles sont vertes."

La classe s'éxécute.
Quelque part, un p'tit coeur de chevalier au rabais palpite, et espère secrètement qu'il n'est pas le seul à le faire.

"Je vous souhaite des rêves fous à n'en plus finir,
et l'envie furieuse d'en réaliser quelques uns.
Je vous souhaite l'ardeur d'entreprendre,
afin de goûter aux joies de la réussite.
Je vous souhaite de respecter les différences des autres,
parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite aussi d'adorer le soleil,
sans jamais dénigrer les jours de pluie,
car eux seuls donnent naissance aux arcs-en-ciel.
Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à l'aventure.
Je vous souhaite surtout d'être vous."

Jacques Brel, Souhaits aux aventuriers de la vie.

Qui a dit qu'il n'y avait que des aigris, en prépa ?

Et pour ne pas poster complètement en dilettante, mon premier croquis de l'année, Aurélien en pleine action :

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Paix sur vous, ô les gens !
Publié dans : Scribouillages
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Dimanche 30 décembre 2007
Cette, année, sous le sapin, j'ai trouvé :

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Les deux premières tomes d'une très bonne BD historique, fondée sur les mémoires de Marguerite de Valois, dite Margot. Chaque tome de la série est centrée sur un homme qui a compté dans la vie amoureuse de Margot, l'intrigue étant évidemment étroitement liée à l'Histoire. J'avoue qu'en bonne lectrice de Dumas, j'y ai retrouvé avec plaisir les personnages de la cour des Valois. Mention spéciale au duc d'Anjou, Henriquet pour les intimes, qui est assez bien rendu, quoique beaucoup moins drôle que chez le Maître.
D'ailleurs le point de vue général est assez sombre, et peu "optimiste"... J'avais l'habitude de lire des choses plutôt écrites du point de vue des huguenots, Coligny ou Jeanne d'Albret, ou plutôt, qui désignaient clairement les catholiques comme les instigateurs des massacres. C'est le cas, bien sûr, d'un point de vue historique, mais cette BD rappelle que les protestants n'étaient pas tous blancs non plus : guerres, pillages, tueries, et pas seulement contre les armées du roi. Les grands chefs huguenots sont d'ailleurs peints de façon très sombre : l'amiral Coligny, que j'avais plutôt l'habitude de voir comme un vieux gentilhomme soucieux de la paix et de l'honneur ( la faute à Dumas et Zévaco ), apparaît ici comme un chef de guerre sans beaucoup de scrupules, et Jeanne d'Albret, en lieu et place de la mère courageuse et intègre, une véritable peau de vache qui veut convertir Margot et en faire une bonne petite protestante au foyer. 
Bleh :/
Mais quelque part, ça fait du bien, puisque ça nuance le tableau ( et que bon, cette BD reste du point de vue de Margot, princesse catholique ) et rétablit l'équilibre. De plus, ça donne envie de se documenter davantage sur la période, pour saisir tous les réels enjeux politiques et historiques.

Au final, les seuls qui ne changent pas, ce sont les princes : Charles IX est un bourrin hystérique qui a ses quelques rares bons moments, Henri de Valois est à la fois comique et cruel ( il manipule sa soeur pour servir ses ambitions, en se servant de l'amour qu'elle lui porte ), et Henri de Navarre, reste fidèle à lui-même : séducteur insatiable, un peu vulgaire, un peu lâche, mais bonhomme, au fond, et conscient de ses défauts. 

Mais dans tout cela, le meilleur personnage reste Margot : humaine, attachante, courageuse. Avide de plaire à sa mère et d'aider ses frères au début, elle s'émancipe peu à peu en comprenant qu'on ne fait que se servir d'elle. Elle aime à son goût, un duc de Guise moins diabolisé que d'habitude ( encore ) et même plutôt séduisant, mais prend peu à peu conscience de ses devoirs au moment de la Saint-Barthélémy, où elle renoncera définitivement à lui pour s'allier à Navarre et lui sauver ainsi la vie.

Vraiment une très bonne BD, que je conseille à tous les fondus de Renaissance, et à ceux qui aiment découvrir, tout simplement.

Le 3e tome, intitulé "le Comte de La Mole", est annoncé pour mai 2008.
Publié dans : Bibliophagie
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Dimanche 23 décembre 2007
-Il lui a dit : "Lebard, vous êtes un sale con, un fils à papa, mais vous êtes en mon pouvoir. Si je me suis engagé, c'est pour ne pas être dans votre situation, entre autres choses." Je trouvais qu'il y allait fort, mais je regardais ailleurs. Steph a repris : "Lebard, je vous offre le choix entre l'enfer et le paradis". L'autre n'a pas pipé et Steph a dit : "L'enfer, pas besoin de vous faire un dessin. Le paradis, c'est l'avalanche de permes et votre mutation pour Paris que je bloque depuis trois mois." Là, Lebard a réagi : "A vos ordres, mon lieutenant". Steph l'a regardé longtemps, sans rien dire. Enfin, il a lâché le morceau : "Vous avez une belle gueule, vous êtes frêle, délicat, raffiné, vous jouez au bridge, toutes choses que je ne suis pas, que je ne connais pas. Ne protestez pas, je m'en fous. Dans ce trocson, il y a une petite serveuse. Vous allez vous l'envoyer, Lebard. Vous allez la faire jouir. Vous allez être tendre. Vous serez prévenant. Vous lui offrirez des fleurs chaque jour. Vous lui jouerez du piano, du Chopin, j'y tiens beaucoup. Vous lui direz d'emblée que vous êtes marié, que dans quinze jours vous êtes muté, et qu'il n'y aura pas de lendemain. Vous allez lui offrir quinze jours de bonheur". J'étais sidéré. Lebard a affronté Steph du regard : "Et si c'était pire pour elle, après ?" Steph a regardé le Half-track : "Vous ne connaissez rien au malheur, Lebard. Après trente ans, on vit tous sur nos souvenirs. Lebard, regardez ses yeux. Ils sont verts, pailletés d'or, magnifiques. Cette fille est une pure beauté. Allez boire une bière et ne rentrez pas à la caserne avant minuit". Voilà.

-Et... Il l'a fait ?

Paul secoua sa grosse tête d'un air perplexe :

-Il... Il n'a pas demandé sa mutation. Il l'a épousée.

-Non ?

-Je vous le jure sur ma propre tête !

Frédéric H. Fajardie, La Nuit des chats bottés.

Bon, entre le Sacré-Coeur qui explose et le mariage de presque-conte de fées, je me suis dit que pour Noël, j'allais choisir le dernier. Et pour me faire payer à moi même cette excès de diplomatie, je vous ai recopié un morceau de bravoure de Maître Molière, qui personnellement me fait mourir de rire :

CLIMENE : Enfin, il faut être aveugle dans cette pièce, et ne pas faire semblant d'y voir les choses.
URANIE : Il ne faut pas y vouloir voir ce qui n'y est pas.
CLIMENE : Ah ! je soutiens, encore un coup, que les saletés y crèvent les yeux.
URANIE : Et moi, je ne demeure pas d'accord de cela.
CLIMENE : Quoi ? la pudeur n'est pas visiblement blessée par ce que dit Agnès dans l'endroit où nous parlons ?
URANIE : Non, vraiment. Elle ne dit pas un mot qui de soi ne soit fort honnête ; et si vous voulez entendre dessous quelque chose autre, c'est vous qui faites l'ordure, et non pas elle, puisqu'elle parle seulement d'un ruban qu'on lui a pris.
CLIMENE : Ah ! ruban tant qu'il vous plaira ; mais ce
le, où elle s'arrête, n'est pas mis pour des prunes. Il vient sur ce le d'étranges pensées. Ce le scandalise furieusement ; et, quoi que vous puissiez dire, vous ne sauriez défendre l'insolence de ce le.
ELISE : Il est vrai, ma cousine, je suis pour Madame contre ce
le. Ce le est insolent au dernier point, et vous avez tort de défendre ce le.
CLIMENE : Il a une obscénité qui n'est pas supportable.
ELISE : Comment dites-vous ce mot là, Madame ?
CLIMENE : Obscénité, Madame.
ELISE : Ah ! mon Dieu ! obscénité. Je ne sais ce que ce mot veut dire ; mais je le trouve le plus joli du monde.

Molière, La Critique de l'Ecole des femmes ( à propos de la scène V de l'acte II de l'Ecole des femmes )

Et vous, c'est quoi votre mot préféré ? XD
Joyeux Noël, les gens !
Publié dans : Bibliophagie
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Mercredi 12 décembre 2007

DON CESAR
De vos bienfaits je n'ai nulle envie,
Tant que je trouverai, vivant ma libre vie
,
Aux fontaines de l'eau, dans les champs le grand air,
A la ville un voleur qui m'habille l'hiver,
Dans mon âme l'oubli des prospérités mortes,
Et devant vos palais, monsieur, de larges portes
Où je puis, à midi, sans souci du réveil,
Dormir, la tête à l'ombre et les pieds au soleil !
-Adieu, donc.- De nous deux Dieu sait quel est le juste,
Avec les gens de cour, vos pareils, don Salluste,
Je vous laisse, et je reste avec mes chenapans.
Je vis avec les loups, non avec les serpents.

Rostand ? Perdu : Hugo. Je ne suis pas une très grande fan du Père la Morale, loin de là, mais j'avoue tout de même avoir battu à des mains à la lecture de Ruy Blas. Du bon vieux drame romantique bourré de passion, de grands sentiments et de personnages qui n'ont vraiment, mais alors vraiment pas de bol. 
Ce n'est pas moi qui jetterais la pierre aux auteurs cédant à l'appel du kitsch, au contraire, et encore moins à la grandeur d'âme exacerbée, mais le Romantisme m'a toujours fait sourire. 
Bien sûr que j'ai chouiné en lisant Werther, bien sûr que je vénère Lorenzaccio, bien sûr que je rêve du jour où je croiserais le sourire d'un garçon à l'esprit rempli de belles choses, de beaux sentiments, avec ce petit côté tragique des gens ayant conscience d'être complètement à côté de la plaque...
Vi, bien sûr.

Mais j'ai quand même le droit de persifler un peu, non ? Entre les nouillasses qui meurent parce qu'ils se rendent compte que le monde n'est pas aussi absolu qu'eux ( Hein, Raoul ? ), les auteurs qui appliquent systématiquement leurs fantasmes à l'Histoire et à la littérature, en les faisant passer dans l'imagination collective ( Hein, Vigny ? ), sans parler des affreux clichés qui tournent autour de l'idée même de romantisme...

...

Ouais, bon, ça va, je suis romantique =.=°

En attendant, que ça vous fasse rire ou non, lisez Ruy Blas, les gens, c'est rempli de parallèles à tracer. Pour moi, même si c'est affreusement pédant, je me suis bien amusée :

Touchez. - Que dites-vous, Ruy Blas, de cette fleur ?
La poignée est de Gil, le fameux ciseleur,
Celui qui le mieux creuse, au gré des belles filles,
Dans un pommeau d'épée une boîte à pastilles.
( Acte I, scène 4 )
C'est quand même rigolo d'avoir, réunis en deux vers, les deux plus célèbres Blas de la littérature XD

Et puis, le personnage de Don César : gentilhomme de haute naissance, grand d'Espagne, devenu vagabond de profession mais ayant néanmoins conservé une âme noble... Je vais sans doute le chercher très loin, mais j'ai bien envie de poker le fantôme de Zévaco XD ( Au reste, l'oeuvre de Zévaco est une anthologie et un dictionnaire d'intertextualité à elle toute seule ).

Allez, trois derniers, qui gagneraient mon respect à Hugo si un "hélas" bien placé n'avait pas déjà remis les pendules à l'heure :

DON CESAR
Oui, je le sais, la faim est une porte basse :
Et, par nécéssité, lorsqu'il faut qu'il y passe,
le plus grand est celui qui se courbe le plus.

Publié dans : Bibliophagie
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