L'Hurluberlue

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  • : Etudiante en 2e année de Lettres Sup', apprentie plumitive et passionnée d'aventures historiques en général.

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Mardi 21 août 2007 2 21 08 2007 20:44
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Comment j'approche des 300.000 signes O.O
J'ai entamé hier le 10e chapitre, et dépassé du même coup l'énorme cap des révélations les plus importantes ( enfin, presque, mais bon, au moins maintenant le lecteur sait pourquoi le Chevalier est docteur ès emmerdes )... Et là, je suis franchement en train de me dire que je suis sur le bonne route. Du trio de créatures que j'ai choisi d'emmener au bout de ma plume, j'en ai parfaitement compris 2. 

Miroir, mon aînée, ma première révélation quand à la véritable nature du lien auteur/personnage. Celle là me suit depuis depuis de deux ans, et j'en arrive à ne plus pouvoir déterminer si c'est elle qui pense comme moi ou moi qui pense comme elle.

Le Chevalier, dernier arrivé mais premier servi. Oh, lui, alors ! Il est tellement libre, tellement cinglé, tellement ancré dans mon coeur de midinette, que je n'ai même plus besoin de cogiter sur sa manière de fonctionner. Il réagit tout seul, il galope tout seul... D'ailleurs, si je ne fais pas attention, il va finir par se sauver >.<

Reste Aurélien. Mon Aurélien, mon petit blond que je pensais aimer et comprendre mieux que personne. Perdu, c'est lui qui reste le plus obscur. Un gamin poétique et solitaire, qui a vécu des horreurs mais qui n'en dit rien. Il gamberge, il observe, mais il garde tout en dedans... Et moi j'ai beau l'avoir mis au monde ( quoique... ), j'ai beaucoup de mal à l'empoigner aussi fermement que ses deux collègues. Il m'échappe, ce sale gosse ! Ou plutôt, il me fait signe de le suivre, mais dès que je pense l'avoir rattrapé, pouf ! Il se casse à l'autre bout de mon imagination. Aurélien, laisse moi te comprendre, merde, sinon comment veux-tu que je finisse mon livre ? 
La deuxième moitié du chapitre 8 et la première du 9 lui sont presque entièrement consacrés... Jamais je n'avais écrit aussi longtemps sur lui. Et là, là il a bien failli se laisser choper. Mais au fond, malgré tout ce qu'il peut dire, c'est lui le plus libre de mes personnages... Et je crois que je n'ai pas fini de courir après T___T

Un personnage, c'est un enfant, mais c'est aussi un parent... Une espèce de guide, de balise qu'on a fait émerger dans un coin de notre tête, et qui nous donne un objectif. L'itinéraire, c'est sa vie ; la carte, ce sont ses pensées. Et le seul GPS auquel on ait droit, c'est notre logique d'auteur et d'être humain... Pour Aurélien, l'élève et l'amoureux, l'enfant et l'adulte, aventurier malgré lui, j'ai la balise et un GPS grésillant... Mais la carte est floue et l'itinéraire est plus tortueux que prévu.

Misère T__T

Et pour que l'entrée ne soit pas totalement geignarde :

MIROIR © Andromède/Emmanuelle BRIOUL
Tous droits réservés, merci de ne pas reproduire sans autorisation
Pour contacter l'auteur : chevalier.andromede@wanadoo.fr

Ils seraient restés longtemps à s'observer ainsi, sans que mot ne soit nécessaire, si leurs chevaux n'en avaient décidés autrement. Le haut noir à balzanes blanches qu'avait emmené Miroir et le bel isabelle d'Aurélien n'entendaient point rester la bride sur le cou quand leurs cavaliers étaient bottés et qu'il fleurait bon la promenade. L'isabelle, surtout, une grande jument polonaise que le jeune ambassadeur avait adoptée sur la route de Russie, et qui s'ennuyait ferme depuis qu'elle n'entendait plus siffler les balles moscovites à ses oreilles. Renâclant de concert avec son collègue versaillais, elle fit un pas hors de son box et heurta impatiemment son maître de la tête.

-Holà, mon
Olenka ! S'exclama celui-ci en se retournant. Sont-ce des manières de dame ?

-Dame éprise de liberté n'a point de patience, Aurélien !

-Que voulez-vous dire ?

-Que je serais ravie de faire découvrir Paris et ses environs à
Olenka et à celui qui la mènera.

-Galopera-t-on beaucoup ? Demanda Aurélien en souriant.

-Hors la ville, tant que vous voudrez ! Mais auparavant, j'aimerais vous montrer deux ou trois choses...

Tout en parlant, ils menaient leurs montures à la grille, et mirent le pied à l'étrier sans même se quitter des yeux. Jeunes et rieurs, ils savouraient leur simplicité respective et l'absence de contraintes consécutives. Une promenade en tête à tête, une course folle à travers les champs ? Comment dire non, quand on est heureux d'être libre ?
Il fallait avoir compris cela, pour ne pas froncer les sourcils face à cette adolescente décoiffée qui montait comme un homme et à ce garçon qui allait en chemise, tête nue par dessus le marché.

-Aimez-vous les livres ? Demanda Miroir alors qu'ils descendaient la rue de Vaugirard.

Aurélien se tourna vers elle, un peu surpris.
L'amour des livres était encore chose rare et précieuse au XVIIe siècle, surtout pour quelqu'un de l'âge et du sexe de Miroir, mais l'étonnement d'Aurélien avait une autre origine. Pour lui qui ne savait rien des filles et des usages, une pareille question n'avait rien d'incongru dans la bouche de la demoiselle de Valemarne, à qui il prêtait en esprit toutes les beautés comme toutes les bizarreries.
Non, ce qui le surprenait, et plutôt deux fois qu'une, c'est que fut à
lui qu'elle la posât. A lui à qui on n'avait encore jamais demandé ce genre de chose... Et qui n'avait aucune espèce d'idée sur la question !

Andromède/Emmanuelle B. ( à suivre )

Publié dans : Scribouillages
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Mercredi 15 août 2007 3 15 08 2007 21:04

Il faut que Paris et le pays tout entier sachent quelle est la nature, la raison, le but de la révolution qui s'accomplit. Il faut enfin que la responsabilité des deuils, des souffrances et des malheurs dont nous sommes les victimes retombe sur ceux qui, après avoir trahi la France et livré Paris à l'étranger, poursuivent avec une aveugle et cruelle obstination la ruine de la capitale, afin d'enterrer, dans le désastre de la république et de la liberté, le double témoignage de leur trahison et de leur crime...
Cette fois encore, Paris travaille et souffre pour la France entière... Que demande-t-il ?
La reconnaissance et consolidation de la république, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du peuple et le développement régulier et libre de la société.
L'autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France, et assurant à chacun l'intégralité de ses droits, et à tout français le plein exercice de ses facultés et de ses aptitudes, comme homme, citoyen et travailleur...
Nos ennemis se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de vouloir imposer sa volonté ou sa suprématie au reste de la nation, et de prétendre à une dictature qui serait un véritable attentat contre l'indépendance et la souveraineté des autres communes. Ils se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de poursuivre la destruction de l'unité française constituée par la Révolution [...]. L'unité, telle qu'elle nous l'a été imposée jusqu'à ce jour par l'empire, la monarchie et le parlementarisme, n'est que la centralisation despotique, inintelligente, arbitraire ou onéreuse. L'unité politique, telle que la veut Paris, c'est l'association volontaire de toutes les initiatives locales, le concours spontané et libre de toutes les énergies individuelles...
La révolution communale, commencée par l'initiative populaire du 18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique expérimentrale, positive, scientifique. C'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage, la patrie ses malheurs et ses désastres...
Extrait de la Déclaration au peuple français du 19 avril 1871, in Ces Textes qui ont marqué l'Histoire de France d'Isabelle Dumier.

Bon, OK, ça date du XIXe siècle, donc on y trouve forcément une paire de points quelque peu bancals. N'empêche que la Commune, c'est plus ou moins la naissance de la Gauche française... Donc si comme moi on cherche à remonter aux sources pour comprendre ce qui merde-plus-que-grave ( oui, je sais, la définition même de la politique c'est de merder-plus-que-grave, mais bon, il paraît qu'il faut faire avec ce qu'on a ), ce texte en dit beaucoup plus long que bien des reportages... Mettons qu'on essaie de remplacer certains mots/noms par d'autres, et on obtient un tableau assez vrai de la situation politique à plusieurs époques différentes... Dont la nôtre. Ah là, oui, carrément, le renforcement des pouvoirs en sous-main, on est en plein dedans. 
On l'a sans doute d'ailleurs plus ou moins toujours été.
La question, c'est de se demander POURQUOI on dirait que ce sont toujours les mêmes qui se font arnaquer ? O__o
...
Mouarf, il est presque 22h, mais je crois que ça ne va pas m'empêcher de gamberger =.=°

PS :

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Huhu, le chapitre 9 a passé la troisième :D
Publié dans : Prises de chou
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Samedi 11 août 2007 6 11 08 2007 22:44

Bilan Parisien : tout simplement génial. Les gens, les trucs, les visites, la vie, quoi :D 
Friendship rulez ~♥

Comme de juste, je suis revenue avec trois tonnes de bouquins ( didjû que c'était lourd T_T ), dont le tout petit mais très Grand Dictionnaire Libertino Libertaire, recueil de citations libertines, anarchistes et ô combien vivantes élaboré par Pierre de Proost. 

Qu'on lise les citations proposées par Pierre de Proost avec le même plaisir qu'on regarde passer dans la rue "le feston et l'ourlet" d'une passante qui nous ravit l'âme et le corps, qu'on les médite avec la gourmandise d'un cigare fumé dans une nuit d'insomnie ou d'un armagnac partagé avec des amis, qu'on les expérimente à la manière d'une vieille reliure dans la boutique d'un vendeur de vieux livres, qu'on les apprenne, pour certaines, qu'on les dise, qu'on les raconte à ceux qu'on aime, qu'on les écrive sur un papier, pour les punaiser ici ou ailleurs. Certes. Mais surtout qu'on les vive, qu'on les expérimente et qu'elles fournissent un perpétuel viatique aux fanatiques de volupté et aux fous de liberté.

Ca m'embête un peu d'appliquer ici le concept de sélection, parce qu'elles méritent toutes d'être jetées nues aux quatre vents et de tomber dans chaque oreille, mais je me vois mal recopier tout le livre ce soir... Je vais tout de même essayer de taper au plus juste :)

Car ce sont nos enfants qu'on appelle la pègre.
Gauchistes, blousons noirs, drogués et autres nègres.
Tous ceux qui pour survivre cherchent à rêver.
Ceux qui cherchent la plage au-dessous des pavés.
( Georges Moustaki )

Qu'est-ce que l'Etat ? demande à sa fille M. Bergeret [...]
-L'Etat, mon père, c'est un monsieur piteux et malgracieux, assis derrière un guichet. Tu comprends qu'on a pas envie de se dépouiller pour lui.
( Anatole France )

Il y a plus d'humanité dans l'oeil d'un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son oeil.
( Pierre Desproges )

Les êtres singuliers et leurs actes asociaux sont le charme d'un monde pluriel qui les expulse.
( Jean Cocteau )

On pédalait dans les nuages au milieu des petits lapins.
( H.F. Thiefaine )

Seule compte la révolte. C'est la guérison des sentiments de colère et de haine. Mais ces passions ne se guérissent qu'en éclatant...
( Roger Nimier )

Petit florilège, petit échantillon... Un livre à ouvrir souvent, en tout cas, comme un de ces bouquins de poésie ou d'aventures qui nous ont tant fait rêver quand on était gamins. Mais si, rappelez-vous...

Et pour finir, juste parce que j'ai trop envie de frimer avec et que j'en rêvait depuis... Holà, depuis vraiment très longtemps :

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Il est pas beau, mon chapeau à plumes ? :D
Publié dans : Bibliophagie
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Vendredi 3 août 2007 5 03 08 2007 19:37
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*tapote l'écran* Est-ce que ça veut dire que j'approche dangereusement de la moitié de mon roman, ça ? :D *happy me* Après avoir stagné au pas pendant un an et demi, je commence tout doucement à prendre le trot, yeah ! Dans tous les cas, je ne le finirais pas avant la rentrée ( faut pas rêver non plus ), mais j'aurais du moins fait assez pour n'avoir rien à regretter.
...
Enfin j'espère ^^;;;;

Je me suis également remise au Scorpion, chef d'oeuvre du genre à mon humble avis. Ce qui est très con, par contre, c'est que j'ai plus de trois ans de retard sur la publication ^^;; C'est encore le porte-monnaie qui va pouetter, tiens. 
En parlant de pouetter, je repars demain, direction Paris. Ne surtout pas oublier l'appareil photo... Parce que si j'arrive à soudoyer Marie-Aude pour m'emmener à Théatr'hall , le chapeau à plumes n'est peut être pas si loin qu'on le croit ! 
...
Quand je serais grande, j'aurais des sous X3 ( saleté de monde capitaliste )

Et pour ne pas poster complètement à vide, un tout petit texte que je viens de retrouver dans mon bordel, que j'avais écrit en Janvier après avoir vu Cannibales (*) ( du groupe Rictus ), et qui remue pas mal de choses, quand j'y repense... Peut être juste pour moi, peut être pas, mais que je trouve jolies :-)

...
Est ce qu’il nous manque quelque chose ?
Est-ce qu’on a le droit de dire qu’il nous manque quelque chose ?
En 2007 ?
A nous, petits bourgeois éduqués et vivant dans un confort certain, conscients de ce que nous sommes, de ce que nous pouvons, de ce qui se passe autour de nous ? Est-ce qu’on peut dire « j’ai envie de hurler, moi aussi » ?
Alors que déjà tout semble hurler… et se taire… autour de nous ?
Est-ce qu’on a le droit de dire qu’il nous manque quelque chose quand on a rien d’autre que… le bonheur ?
Le droit ?
Les couilles ?
Il nous manque quelque chose. Il nous manquera toujours quelque chose, quelque soit l’époque, quelque soit le lieu, le mec qui crie.
Peut être que c’est ça, le manque.
Le manque de mots.
Le manque de manque.
Le manque de sens dans notre essence.
Qui vaut mieux que ça ? Hein ?
Mieux que quoi, au fait ?
Ça.
Nous.
2007.
Le monde.
 
Andromède/Emmanuelle B.
19 Janvier 2007, au sortir de « Cannibales », par Rictus.

A vendredi prochain, les gens :)

EDIT : Tagguée par la vilaine Gaby... :p

Les 7 raisons qui me poussent à acheter ce livre plutôt qu'un autre :

  1. Coup de coeur intempestif pour le titre, la couverture ou la 4e ( je marche beaucoup au coup de coeur )
  2. C'est un livre dont j'ai beaucoup entendu parler ( oui, je marche aussi à la curiosité :p )
  3. C'est un livre que je devrais forcément lire un jour ( classiques are <3 ), donc que je peux acheter en disant "je ne fais qu'anticiper sur les dépenses futures"
  4. Je suis fan de l'auteur.
  5. Je suis fan du sujet et/ou il m'interpelle.
  6. J'ai fais "am-stram-gram" dans le rayon et mes yeux ont accroché celui là plutôt qu'un autre/ je le fais tomber du présentoir en me retournant et du coup je l'examine pour faire style de rien et je le trouve alléchant/etc... Bref, au hasard ( ma vie est hasardeuse )
  7. ...
  8. ... ( hmmm, est-ce que ça veut dire que j'ai moins de raison que la moyenne-meme pour claquer tout mon fric dans les librairies ? ou alors c'est que moi, j'ai pas besoin de raison ? :D )
Publié dans : Scribouillages
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Mercredi 1 août 2007 3 01 08 2007 15:19

Chapeau bas à monsieur Amédée Achard qui a réussi à conférer une classe mortelle et un sex appeal du tonnerre au personnage historique qu'il s'est récupéré : Gustave-Adolphe Premier, roi de Suède.
...
Ce n'est pas la première fois que je me prends d'amour pour un bishô qui a un nom à la con,  mais là je crois que j'ai battu mon record.
...
*la Midinette est une espèce au coeur faible ~<3*

Plus sérieusement, avis aux amateurs de cape et d'épée : jetez-vous sur les romans d'Amédée Achard ! Je viens de boucler le diptyque Les coups d'épée de M. de la Guerche et Envers et contre tous, et c'est bieeeeeen *___* Un grand cru du genre !

Et parce que j'avais été obligée de supprimer ma dernière entrée sur LJ avant d'émigrer, je reposte ici un petit extrait de Miroir. Bonne lecture à ceux que ça intéresse ;)

MIROIR
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chevalier.andromede@wanadoo.fr

-Hmmff !!...
 
L’homme s’était à peine penché qu’il avait senti tout le poids de sa surveillance délaissée lui tomber sur le dos, et l’attraper à la gorge pour l’empêcher de crier. Lui et son assaillant roulèrent au sol, presque sans bruit.
Il ouvrit la bouche. Esquissa un geste pour se débattre.
Trop tard : le Chevalier abattit son poing à toute volée.
 
Quelques minutes plus tard, le garde, dûment saucissonné, roulait dans un coin obscur et recevait en dépôt le feutre et la cape du Chevalier. Lui-même s’était approprié la tunique blanche et le bonnet de fourrure, brodés aux armes impériales, et remettait la petite bourse dans sa poche.
 
« Et maintenant, sus à la lumière ! L’homme aux flambeaux doit avoir un meilleur permis de circulation que le mien… »
 
Le plus silencieusement possible, le Chevalier se mit à courir vers l’endroit où il avait vu disparaître cette espèce d’officier sans uniforme. Il avait dans l’idée d’en user avec lui comme avec le garde, et de se servir de ce nouveau masque pour pénétrer librement dans le palais.
Faisant de larges détours pour contourner les gardes postés sous les fenêtres du rez-de-chaussée, il tourna l’angle et…
 
« Sainte Mère la Rapière ! »
 
… se laissa choir le nez dans la poussière. L’homme aux flambeaux se trouvait à quelques pas de lui, seul, face au grand mur de la façade Est du célèbre palais. Il triturait quelque chose au niveau de sa ceinture, qui au bruit ressemblait fort à un trousseau de clés. Le Chevalier, toujours à plat ventre sur le sol pour ne point être vu, en déduisit qu’il se tenait devant une petite porte quelconque.
 
« S’il faut que je lui tombe sur le poil, c’est le moment ou jamais ! »
 
Il se décolla légèrement du sol, à la manière des lézards. De là, toujours aussi silencieux qu’une pensée, il plia les jarrets et avança dans cette position pour se retrouver tout juste derrière sa proie. Lorsqu’il le voulait, le Chevalier savait se faire plus fauve que les fauves. Prenant bien soin de rester dans l’ombre, il ne se remit debout qu’une fois dans la ligne de mire, et tira l’un de ses couteaux.
 
« Chaque fois que Monsieur Soleil m’envoie faire ce genre de travail, je me dis que c’est la dernière… Et chaque fois, ce n’est finalement que la suivante. »
 
Un pas, deux pas.
 
« Mais je crois que ce qui me rend cette vie là supportable… »
 
L’autre avait toujours le nez sur son trousseau, et ne se retournait pas. Sa nuque était là, blanche, offerte.
Le Chevalier leva son arme.
 
« … c’est que j’ai toujours ma conscience pour moi ! »
 
-Reste tranquille. Sinon, tu es mort.
 
Lui présentant la pointe au flanc, il s’était glissé tout contre le slave et lui avait murmuré ces mots à l’oreille. L’homme avait fait mine de porter la main à son sabre, mais le souffle du Chevalier s’accélérant contre son cou l’en avait dissuadé.
 
-Tu es le Français, n’est-ce pas ? Marmonna-t-il entre ses dents.
 
-Tu parles ma langue ? S’étonna le Chevalier, sans toutefois relâcher la pression.
 
-Un peu…
 
-Tu m’en vois ravi, cela va grandement me faciliter la tâche. Qu’est-ce que cette porte ?
 
-Je ne suis pas forcé de te répondre.
 
-Non, c’est vrai, tu as aussi la possibilité de te taire et de mourir en faisant ton devoir. Belle idée, pour vrai ! Je préfèrerais ne pas être obligé de t’ouvrir le ventre, mais crois-moi s’il faut cela pour que j’entre dans ce satané palais, je le ferais.
 
Le russe ricana.
 
-Alors toi aussi, tu choisis de mourir en faisant ton devoir, pas vrai ? Te jeter dans la gueule du loup plutôt que de rentrer chez toi avec des excuses légitimes ? Cela aussi, c’est une belle idée !
 
-Un jour, peut-être, je saurais pourquoi tant de gens sur terre pensent qu’il est plus beau de mourir que de vivre… Dès lors qu’il ne s’agit pas d’eux !
 
-Que veux-tu dire ? Et arrête de rire dans mon oreille !
 
-Pardon… Alors, vas-tu me dire où mène cette porte ?
 
-A l’intérieur, je suppose.
 
La pointe du couteau se fit plus menaçante.
 
-Tu plaisanteras tant que tu le souhaites quand tu m’auras donné ce que je demande.
 
-La clé de la chambre du tsar, ou mon sang ? Ne me sous-estimes pas, étranger, je sais qui tu es et ce pour quoi tu es là, et crois-moi : moi vivant, tu ne verras pas le tsar.
 
-Serais-tu l’un de ces habiles diplomates, de ces infâmes ministres qui ne veulent point d’une alliance entre nos deux pays et qui ont ordonné ma mise à mort ?
 
-Qui sait ?
 
-Tu n’as pas l’air d’un politique.
 
Ce disant, et le tenant toujours en respect, le Chevalier avait attrapé la main droite de l’homme et lui avait palpé la paume. Lentement, il avait appuyé sur trois cals bien distincts, et dont il semblait déjà connaître les emplacements. Le geste était doux et sûr, comme la caresse d’un félin qui va mordre.
 
-Là, tu sens ? Durillons et cicatrices à ces endroits là trahissent l’escrimeur assidu, le sabreur impitoyable, le tueur régulier. C’est cela qui me fait dire que tu n’es pas un politique, mais bien plutôt un de leurs hommes de main !
 
-Observateur !
 
-Joueur invétéré, plutôt. Heureusement, ce pari là, tu viens de me le faire gagner.
 
-Dans ce cas profites-en, parce que le suivant, tu vas le perdre !
 
Ici, le russe pivota vivement sur ses jambes, repoussant du coude l’arme du Chevalier, et tira son sabre le plus proprement du monde. De la main gauche, il ramassa l’un de ses flambeaux –qu’il avait lâché à l’apparition du français- et en dirigea la lumière droit sur son visage. Un instant, ils s’observèrent. C’étaient deux hommes rudes, deux figures brunes aux yeux pleins de bravoure, sur lesquelles se lisait en ce moment le calme qui précède toutes les grandes tempêtes.
Le russe rompit bientôt le silence, désignant du bout de sa lame le visage balafré du Chevalier.
 
-Moi aussi, je pourrais parier bien des choses sur tes cicatrices, étranger.
 
-Je ne te le conseille pas : tu perdrais à coup sûr, répliqua-t-il en dégainant à son tour, ses beaux yeux bleus rivés dans les pupilles noires de son adversaire.
 
-Ta lame est bien étrange, il n’y a qu’en Pologne que j’en ai vu de semblables.
 
-Rapière à la mode occidentale. Ton sabre n’est pas mal non plus. Quel est ton nom, homme de main qui doit m’empêcher de rencontrer Alexeï Romanov ?
 
-Que t’importe ? Tu vas mourir ici, de ma main ou de celles de gardes qui ne manqueront pas d’accourir au bruit de notre combat.
 
-Justement, j’aime savoir à qui je donne une chance de m’envoyer à la fosse commune.
 
-Mon nom est Ieleazar, mais toi, tu peux m’appeler Zaria.
 
-Oui, j’avais cru comprendre qu’en Russie ce sont les diminutifs qui ont le pas sur les noms complets… Enchanté, Monsieur Zaria. Pour moi, je compte bien me présenter à ton souverain sous le nom du chevalier Camille de Beaurepaire, mais toi, tu peux m’appeler le Chevalier tout court.
 
-Alors à nous, Monsieur Toucourt.
 
Le Chevalier lâcha un éclat de rire, et tomba en garde. Zaria avait attaqué rudement, à la gorge, avec l’intention visible d’en finir rapidement. Coup de taille, paré en tierce haute, bloquant ainsi la ligne que Zaria dégagea en faisant un bond de retraite. Le Chevalier attaqua à son tour, l’épée haute, et le pressa si fort qu’il obligea Zaria à lâcher son flambeau pour soutenir sa lame des deux mains. Des étincelles jaillirent.
Les coups se remirent à fuser, tantôt vifs et précis, tantôt larges et brutaux, mais toujours portés avec cette espèce d’élégance qui caractérise les hommes de l’art. L’un et l’autre étaient de grands escrimeurs, aussi puissants que virevoltants, et auraient offert un bien singulier spectacle à qui serait venu les voir combattre. Tous deux semblaient se rire de la différence de nature de leurs armes –épée contre sabre- et des problèmes de techniques particulières, qui en auraient embarrassés de moins virtuoses.

Andromède/Emmanuelle B. ( à suivre )
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Mardi 31 juillet 2007 2 31 07 2007 12:38

Depuis que je peux définitivement m'asseoir sur mon statut de lycéenne, j'alterne les crises d'écriture et la bibliophagie, et hier c'est la Pile qui a gagné. C'est comme ça que j'ai ouvert Nazis dans le métro de Daeninckx... 

( Le Poulpe : C'est un enquêteur libre, curieux, indépendant. Partant de ces faits divers qui traduisent les maladies de notre monde, il explore les failles et les désordres du quotidien. Ce n'est ni un vengeur, ni le représentant d'une morale, c'est surtout un témoin de son temps. )

Nazis dans le métro
Un type détroussé, tabassé et laissé pour mort dans le sous-sol de son immeuble parisien. Pour le quidam moyen, c'est une agression banale. Pas pour Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, spécialiste des oubliés du fait divers.
La victime ? André Sloga, 78 ans, anarchiste, pacifiste, ex-résistant, tendance bringueur et alcoolo. Ecrivain engagé, par dessus le marché, qui préparait un livre sur une sombre affaire d'empoisonnement dans le marais poitevin.
Ex-dissidents déjantés, ex-Yougos massacreurs, néo-nazis. Autour de cette affaire gravitent quelques uns des plus fameux spécimens de têtes à claques. Il n'en faut pas plus au Poulpe pour s'échauffer sérieusement.


Bon, j'avoue qu'après m'être tapé dans la matinée la fin des Compagnons de Jéhu de Master Dudu et On ne badine pas avec l'amour de Musset-les-Belles-bretelles, ça a été la douche froide du genre. Un putain de bon livre, les gens, mais qui vous laisse les mains moites et la bouche crispée. Entre les intellectuels négationistes, les nazillons bones, les journalistes sans scrupule et autres pourritures, on a comme qui dirait une sacrée envie de vacances. 
J'avais découvert Daeninckx en seconde, avec Cannibale ( un autre tout petit livre sur l'expo universelle de 1931... bien flippant aussi, dans le genre >.< ), et je l'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir : un message fort mêlé d'histoire et de quotidien, pas mal d'humour et une écriture de haute voltige. Il a vraiment un style bien à lui, que j'apprécie beaucoup, et parfaitement adapté au polar noir. 

En parlant du Polar, je n'y avais pas touché, à ce canard boiteux là, depuis que Lilou m'avait collé Le Dahlia Noir entre les pattes ( merveilleux bouquin, en passant ). 
Je ne suis pas une grande fan du genre ( j'ai même résisté à Fred Vargas ! ), mais là j'avoue que j'ai complètement raccroché. Si j'étais une rebellz, je dirais bien que le polar popu contemporain est le seul genre qui fasse aimer les flics. Ben oui : dans ces bouquins là, le héros est toujours le rebellz du Corps Flicard. Bon, ok, le Poulpe est détective privé, mais même ! Je vais me mettre en quête des Pado de Fajar', depuis le temps que je lorgne sur tout cet aspect de son oeuvre... Il y a longtemps ( et sur LiveJournal T__T ), j'avais pondu un article sur Pardaillan et le héros de cape et d'épée en général, que je révérais à deux genoux pour son chapeau à plumes et sa simplicité. J'y ajouterais bien le héros de polar, le héros populaire en général, qui a toujours ce petit quelque chose en plus que n'ont pas les héros de la "Grande Littérature" : le héros popu, il est là pour être un héros, justement ( ou un anti-héros, mais l'anti-héros a toujours quelque chose d'héroïque ), sans ambiguïté ni embarras. 
Je me souviens de mon long débat avec Bloody Rose au sujet de La Tour des Demoiselles de Fajardie, où on s'était courtoisement pris la tête sur le personnage de Valencey d'Adana :D Pour elle, un héros trop positif comme lui, sans vice, brillant et généreux, et surtout présenté comme tel, n'avait aucun intérêt et était même plutôt ennuyeux ( voire horripilant ). Pas d'accord, Majesté, je te l'ai déjà dit : un héros simple, un héros héroïque, ça fait parfois plus de bien qu'un personnage complexe, torturé, fouillé, à mille et une facettes qui embarque le lecteur très loin. Ces héros là sont sublimes, entièrement d'accord. Mais l'Héroïsme Premier, la simplicité populaire du Bien contre le Mal, du Gentil contre le Méchant, moi je trouve ça tout bonnement merveilleux. 

Les feignasses aiment qu'on les prenne par la main, c'est bien connu :D

NB : Fajardie et Daeninckx sont potes. Fufufu XD

Publié dans : Bibliophagie
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Mardi 31 juillet 2007 2 31 07 2007 01:32
LiveJournal m'a trahie.
Ou plutôt : LiveJournal a signé un pacte avec le diable, c'est à dire avec mon ordi, et m'a forcée d'émigrer ici. 
Snif, snif.

Ne pouvant plus publier normalement sur LJ, j'ai fait contre mauvaise fortune bon coeur, et je me suis offert un nouveau bail sur over-blog. Avis aux Lj-istes : non, je ne déserterais pas vos entrées ! Seulement, pour les miennes, c'est désormais ici que ça se passe ;)

*poke over-blog* Dis-moi qu'on va bien s'entendre, toi et moi ?...

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