Amédée Achard et moi.

Publié le par Andromède

Chapeau bas à monsieur Amédée Achard qui a réussi à conférer une classe mortelle et un sex appeal du tonnerre au personnage historique qu'il s'est récupéré : Gustave-Adolphe Premier, roi de Suède.
...
Ce n'est pas la première fois que je me prends d'amour pour un bishô qui a un nom à la con,  mais là je crois que j'ai battu mon record.
...
*la Midinette est une espèce au coeur faible ~<3*

Plus sérieusement, avis aux amateurs de cape et d'épée : jetez-vous sur les romans d'Amédée Achard ! Je viens de boucler le diptyque Les coups d'épée de M. de la Guerche et Envers et contre tous, et c'est bieeeeeen *___* Un grand cru du genre !

Et parce que j'avais été obligée de supprimer ma dernière entrée sur LJ avant d'émigrer, je reposte ici un petit extrait de Miroir. Bonne lecture à ceux que ça intéresse ;)

MIROIR
Tous droits réservés
© Andromède/Emmanuelle BRIOUL
Merci de ne pas reproduire sans autorisation
Pour contacter l'auteur :
chevalier.andromede@wanadoo.fr

-Hmmff !!...
 
L’homme s’était à peine penché qu’il avait senti tout le poids de sa surveillance délaissée lui tomber sur le dos, et l’attraper à la gorge pour l’empêcher de crier. Lui et son assaillant roulèrent au sol, presque sans bruit.
Il ouvrit la bouche. Esquissa un geste pour se débattre.
Trop tard : le Chevalier abattit son poing à toute volée.
 
Quelques minutes plus tard, le garde, dûment saucissonné, roulait dans un coin obscur et recevait en dépôt le feutre et la cape du Chevalier. Lui-même s’était approprié la tunique blanche et le bonnet de fourrure, brodés aux armes impériales, et remettait la petite bourse dans sa poche.
 
« Et maintenant, sus à la lumière ! L’homme aux flambeaux doit avoir un meilleur permis de circulation que le mien… »
 
Le plus silencieusement possible, le Chevalier se mit à courir vers l’endroit où il avait vu disparaître cette espèce d’officier sans uniforme. Il avait dans l’idée d’en user avec lui comme avec le garde, et de se servir de ce nouveau masque pour pénétrer librement dans le palais.
Faisant de larges détours pour contourner les gardes postés sous les fenêtres du rez-de-chaussée, il tourna l’angle et…
 
« Sainte Mère la Rapière ! »
 
… se laissa choir le nez dans la poussière. L’homme aux flambeaux se trouvait à quelques pas de lui, seul, face au grand mur de la façade Est du célèbre palais. Il triturait quelque chose au niveau de sa ceinture, qui au bruit ressemblait fort à un trousseau de clés. Le Chevalier, toujours à plat ventre sur le sol pour ne point être vu, en déduisit qu’il se tenait devant une petite porte quelconque.
 
« S’il faut que je lui tombe sur le poil, c’est le moment ou jamais ! »
 
Il se décolla légèrement du sol, à la manière des lézards. De là, toujours aussi silencieux qu’une pensée, il plia les jarrets et avança dans cette position pour se retrouver tout juste derrière sa proie. Lorsqu’il le voulait, le Chevalier savait se faire plus fauve que les fauves. Prenant bien soin de rester dans l’ombre, il ne se remit debout qu’une fois dans la ligne de mire, et tira l’un de ses couteaux.
 
« Chaque fois que Monsieur Soleil m’envoie faire ce genre de travail, je me dis que c’est la dernière… Et chaque fois, ce n’est finalement que la suivante. »
 
Un pas, deux pas.
 
« Mais je crois que ce qui me rend cette vie là supportable… »
 
L’autre avait toujours le nez sur son trousseau, et ne se retournait pas. Sa nuque était là, blanche, offerte.
Le Chevalier leva son arme.
 
« … c’est que j’ai toujours ma conscience pour moi ! »
 
-Reste tranquille. Sinon, tu es mort.
 
Lui présentant la pointe au flanc, il s’était glissé tout contre le slave et lui avait murmuré ces mots à l’oreille. L’homme avait fait mine de porter la main à son sabre, mais le souffle du Chevalier s’accélérant contre son cou l’en avait dissuadé.
 
-Tu es le Français, n’est-ce pas ? Marmonna-t-il entre ses dents.
 
-Tu parles ma langue ? S’étonna le Chevalier, sans toutefois relâcher la pression.
 
-Un peu…
 
-Tu m’en vois ravi, cela va grandement me faciliter la tâche. Qu’est-ce que cette porte ?
 
-Je ne suis pas forcé de te répondre.
 
-Non, c’est vrai, tu as aussi la possibilité de te taire et de mourir en faisant ton devoir. Belle idée, pour vrai ! Je préfèrerais ne pas être obligé de t’ouvrir le ventre, mais crois-moi s’il faut cela pour que j’entre dans ce satané palais, je le ferais.
 
Le russe ricana.
 
-Alors toi aussi, tu choisis de mourir en faisant ton devoir, pas vrai ? Te jeter dans la gueule du loup plutôt que de rentrer chez toi avec des excuses légitimes ? Cela aussi, c’est une belle idée !
 
-Un jour, peut-être, je saurais pourquoi tant de gens sur terre pensent qu’il est plus beau de mourir que de vivre… Dès lors qu’il ne s’agit pas d’eux !
 
-Que veux-tu dire ? Et arrête de rire dans mon oreille !
 
-Pardon… Alors, vas-tu me dire où mène cette porte ?
 
-A l’intérieur, je suppose.
 
La pointe du couteau se fit plus menaçante.
 
-Tu plaisanteras tant que tu le souhaites quand tu m’auras donné ce que je demande.
 
-La clé de la chambre du tsar, ou mon sang ? Ne me sous-estimes pas, étranger, je sais qui tu es et ce pour quoi tu es là, et crois-moi : moi vivant, tu ne verras pas le tsar.
 
-Serais-tu l’un de ces habiles diplomates, de ces infâmes ministres qui ne veulent point d’une alliance entre nos deux pays et qui ont ordonné ma mise à mort ?
 
-Qui sait ?
 
-Tu n’as pas l’air d’un politique.
 
Ce disant, et le tenant toujours en respect, le Chevalier avait attrapé la main droite de l’homme et lui avait palpé la paume. Lentement, il avait appuyé sur trois cals bien distincts, et dont il semblait déjà connaître les emplacements. Le geste était doux et sûr, comme la caresse d’un félin qui va mordre.
 
-Là, tu sens ? Durillons et cicatrices à ces endroits là trahissent l’escrimeur assidu, le sabreur impitoyable, le tueur régulier. C’est cela qui me fait dire que tu n’es pas un politique, mais bien plutôt un de leurs hommes de main !
 
-Observateur !
 
-Joueur invétéré, plutôt. Heureusement, ce pari là, tu viens de me le faire gagner.
 
-Dans ce cas profites-en, parce que le suivant, tu vas le perdre !
 
Ici, le russe pivota vivement sur ses jambes, repoussant du coude l’arme du Chevalier, et tira son sabre le plus proprement du monde. De la main gauche, il ramassa l’un de ses flambeaux –qu’il avait lâché à l’apparition du français- et en dirigea la lumière droit sur son visage. Un instant, ils s’observèrent. C’étaient deux hommes rudes, deux figures brunes aux yeux pleins de bravoure, sur lesquelles se lisait en ce moment le calme qui précède toutes les grandes tempêtes.
Le russe rompit bientôt le silence, désignant du bout de sa lame le visage balafré du Chevalier.
 
-Moi aussi, je pourrais parier bien des choses sur tes cicatrices, étranger.
 
-Je ne te le conseille pas : tu perdrais à coup sûr, répliqua-t-il en dégainant à son tour, ses beaux yeux bleus rivés dans les pupilles noires de son adversaire.
 
-Ta lame est bien étrange, il n’y a qu’en Pologne que j’en ai vu de semblables.
 
-Rapière à la mode occidentale. Ton sabre n’est pas mal non plus. Quel est ton nom, homme de main qui doit m’empêcher de rencontrer Alexeï Romanov ?
 
-Que t’importe ? Tu vas mourir ici, de ma main ou de celles de gardes qui ne manqueront pas d’accourir au bruit de notre combat.
 
-Justement, j’aime savoir à qui je donne une chance de m’envoyer à la fosse commune.
 
-Mon nom est Ieleazar, mais toi, tu peux m’appeler Zaria.
 
-Oui, j’avais cru comprendre qu’en Russie ce sont les diminutifs qui ont le pas sur les noms complets… Enchanté, Monsieur Zaria. Pour moi, je compte bien me présenter à ton souverain sous le nom du chevalier Camille de Beaurepaire, mais toi, tu peux m’appeler le Chevalier tout court.
 
-Alors à nous, Monsieur Toucourt.
 
Le Chevalier lâcha un éclat de rire, et tomba en garde. Zaria avait attaqué rudement, à la gorge, avec l’intention visible d’en finir rapidement. Coup de taille, paré en tierce haute, bloquant ainsi la ligne que Zaria dégagea en faisant un bond de retraite. Le Chevalier attaqua à son tour, l’épée haute, et le pressa si fort qu’il obligea Zaria à lâcher son flambeau pour soutenir sa lame des deux mains. Des étincelles jaillirent.
Les coups se remirent à fuser, tantôt vifs et précis, tantôt larges et brutaux, mais toujours portés avec cette espèce d’élégance qui caractérise les hommes de l’art. L’un et l’autre étaient de grands escrimeurs, aussi puissants que virevoltants, et auraient offert un bien singulier spectacle à qui serait venu les voir combattre. Tous deux semblaient se rire de la différence de nature de leurs armes –épée contre sabre- et des problèmes de techniques particulières, qui en auraient embarrassés de moins virtuoses.

Andromède/Emmanuelle B. ( à suivre )

Publié dans Scribouillages

Commenter cet article

Rulae 07/09/2010 23:37



Salut !


Merci pour ton mail et tes explications ^^ Et puisque tu m'as invitée, bien évidemment je n'ai pas pu résister à l'envie de venir jeter un oeil à tes textes.


J'ai l'impression que tu as dû lire pas mal de kilos de bouquins dont l'intrigue se passe au XVIIIème siècle ! Tu retranscris très bien cette virtuosité dans le langage, cette belle rhétorique et
bien sûr, la petite touche d'humour très savoureuse propre à tout gentilhomme. Même quand ils sont sur le point de s'étriper mutuellement, ils prennent le temps de soigner la présentation, de se
déclarer un respect réciproque et d'avoir du panache. A ce sujet, je rejoins un commentaire laisser plus haut : sur ce détail précis, le Russe fait vraiment très... Français ! XD


En tout cas, on sent que tu as pris beaucoup de plaisir à écrire ce texte et c'est contagieux. J'aime bien la personnalité (ou ce qu'on en aperçoit) du Chevalier ! Pour le reste, j'avoue que je
ne cadre pas du tout les tenants et aboutissants de l'intrigue, pourquoi le Chevalier est là, ce que ça veut dire et ce que ça va entraîner. Mais c'est normal, tu me diras ^^


Bon courage pour le boulot de correction ! Bye bye !



Andromède 13/09/2010 19:52



Bonsoir !


Merci énormément pour être passée ici et avoir pris le temps de lire le fameux "machin" et de laisser un mot, c'est vraiment très gentil !! ;) Je suis contente que l'extrait t'ait plu, et ce
d'autant plus que ça tombait un peu beaucoup de nulle part pour toi, sans aucune contextualisation ni semblant d'explication quant à l'intrigue T_T Mais si tu as pu accrocher à la fois au ton
général et aux personnages, alors c'est une double récompense pour moi \o/ Merci !! Je carbure en effet aux Dumas, Zévaco, Achard, Gautier et autres Féval, et tant mieux si ça se voit, parce que
bon, c'est quand même une espèce d'hommage, au départ xD Un hommage qu'en effet, je me suis vraiment énormément amusée à écrire^^


Pour le Russe... ouais, c'est un des points qu'il va falloir que je revoie à la correction, justement ^^;


 


Encore un très grand merci à toi, en tout cas, et pour ton passage, et pour avoir aimé !!


 


Bisous et au plaisir,


Andro.



Andromède 01/08/2007 17:49

Gaby : tu peux causer :p

Sam : Merci^^ C'est encore à corriger mais j'aime bien. Yep, Zaria est un grand pince-sans-rire :p

Samantha 01/08/2007 17:41

J'ai lu l'extrait et apprécié ^^
Un petit quelque chose me gêne avec le russe, qui dit qu'il parle "un peu" français... si ce n'est pas de l'ironie, c'est plus qu'un peu :D

gabrielletrompelamort 01/08/2007 16:25

Espèce de boulimique de lecture... ;p