"La Nuit des chats bottés"

Publié le par Andromède

-Il lui a dit : "Lebard, vous êtes un sale con, un fils à papa, mais vous êtes en mon pouvoir. Si je me suis engagé, c'est pour ne pas être dans votre situation, entre autres choses." Je trouvais qu'il y allait fort, mais je regardais ailleurs. Steph a repris : "Lebard, je vous offre le choix entre l'enfer et le paradis". L'autre n'a pas pipé et Steph a dit : "L'enfer, pas besoin de vous faire un dessin. Le paradis, c'est l'avalanche de permes et votre mutation pour Paris que je bloque depuis trois mois." Là, Lebard a réagi : "A vos ordres, mon lieutenant". Steph l'a regardé longtemps, sans rien dire. Enfin, il a lâché le morceau : "Vous avez une belle gueule, vous êtes frêle, délicat, raffiné, vous jouez au bridge, toutes choses que je ne suis pas, que je ne connais pas. Ne protestez pas, je m'en fous. Dans ce trocson, il y a une petite serveuse. Vous allez vous l'envoyer, Lebard. Vous allez la faire jouir. Vous allez être tendre. Vous serez prévenant. Vous lui offrirez des fleurs chaque jour. Vous lui jouerez du piano, du Chopin, j'y tiens beaucoup. Vous lui direz d'emblée que vous êtes marié, que dans quinze jours vous êtes muté, et qu'il n'y aura pas de lendemain. Vous allez lui offrir quinze jours de bonheur". J'étais sidéré. Lebard a affronté Steph du regard : "Et si c'était pire pour elle, après ?" Steph a regardé le Half-track : "Vous ne connaissez rien au malheur, Lebard. Après trente ans, on vit tous sur nos souvenirs. Lebard, regardez ses yeux. Ils sont verts, pailletés d'or, magnifiques. Cette fille est une pure beauté. Allez boire une bière et ne rentrez pas à la caserne avant minuit". Voilà.

-Et... Il l'a fait ?

Paul secoua sa grosse tête d'un air perplexe :

-Il... Il n'a pas demandé sa mutation. Il l'a épousée.

-Non ?

-Je vous le jure sur ma propre tête !

Frédéric H. Fajardie, La Nuit des chats bottés.

Bon, entre le Sacré-Coeur qui explose et le mariage de presque-conte de fées, je me suis dit que pour Noël, j'allais choisir le dernier. Et pour me faire payer à moi même cette excès de diplomatie, je vous ai recopié un morceau de bravoure de Maître Molière, qui personnellement me fait mourir de rire :

CLIMENE : Enfin, il faut être aveugle dans cette pièce, et ne pas faire semblant d'y voir les choses.
URANIE : Il ne faut pas y vouloir voir ce qui n'y est pas.
CLIMENE : Ah ! je soutiens, encore un coup, que les saletés y crèvent les yeux.
URANIE : Et moi, je ne demeure pas d'accord de cela.
CLIMENE : Quoi ? la pudeur n'est pas visiblement blessée par ce que dit Agnès dans l'endroit où nous parlons ?
URANIE : Non, vraiment. Elle ne dit pas un mot qui de soi ne soit fort honnête ; et si vous voulez entendre dessous quelque chose autre, c'est vous qui faites l'ordure, et non pas elle, puisqu'elle parle seulement d'un ruban qu'on lui a pris.
CLIMENE : Ah ! ruban tant qu'il vous plaira ; mais ce
le, où elle s'arrête, n'est pas mis pour des prunes. Il vient sur ce le d'étranges pensées. Ce le scandalise furieusement ; et, quoi que vous puissiez dire, vous ne sauriez défendre l'insolence de ce le.
ELISE : Il est vrai, ma cousine, je suis pour Madame contre ce
le. Ce le est insolent au dernier point, et vous avez tort de défendre ce le.
CLIMENE : Il a une obscénité qui n'est pas supportable.
ELISE : Comment dites-vous ce mot là, Madame ?
CLIMENE : Obscénité, Madame.
ELISE : Ah ! mon Dieu ! obscénité. Je ne sais ce que ce mot veut dire ; mais je le trouve le plus joli du monde.

Molière, La Critique de l'Ecole des femmes ( à propos de la scène V de l'acte II de l'Ecole des femmes )

Et vous, c'est quoi votre mot préféré ? XD
Joyeux Noël, les gens !

Publié dans Bibliophagie

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gabrielletrompelamort 24/12/2007 12:18

Mon mot préféré à moi, c'est "liberté", à toutes les sauces mais sans excès. :)

L'extrait du roman de la plume de Monsieur de la Fairjade m'a donné des frissons, boudiou !!

lilou 24/12/2007 11:44

Mon mot préféré à moi, c'est nostalgie.

C'est le sentiment qu'apporte la fin de toute histoire, qu'elle soit heureuse ou non. Même les contes de fées à la con bourrés d'ultramoderne guimauvitude.

Joyeux Noël aussi