"Blacksad"

Publié le par Andromède

Après deux semaines de boulot intensif, passées à préparer khôlle sur khôlle et à me coucher avec les poules, je me suis offert une petite récompense : les trois tomes de ce que je ne suis pas loin de considérer comme une des meilleures BDs de sa génération.
Que les amateurs du genre et, plus simplement, tous les gens de goût, me pardonnent d'enfoncer une porte ouverte, mais Blacksad de Canales et Guardino, c'est vraiment du bonheur à l'état pur. Des dessins sublimes, des histoires qui vous prennent aux tripes, le tout servi avec une élégance et une fluidité à faire verdir de jalousie les plus grands.

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John Blacksad, détective privé et poissard de son état, qui nous prête ses yeux pour nous faire découvrir son univers rétro et décalé : le nôtre. 
Blacksad, ce sont trois enquêtes policières dans l'Amérique des années 50, où les humains sont des animaux, mais des animaux qui vous rappelleront furieusement ce que vous voyez quand vous croisez votre reflet dans le miroir. Des paumés, des pourris, des poètes, des putes... Et des choses pas très jolies. 

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Le premier tome, Quelque part entre les ombres, est un bon vieux polar sanglant : Blacksad enquête sur le meurtre d'une actrice, Natalia Wilford, son ancienne maîtresse. Tournées de bars bien crados, combats au couteau dans le brouillard du petit matin, méditations dans les cimetières, coups de feux tirés dans les bureaux des plus grands. Pour Blacksad, c'est une page qui se tourne, et pour le lecteur, c'est une aventure qui commence. 
Le second, Arctic-Nation, est la consécration définitive. On avait bavé sur le premier, mais de celui là, on tombe raide dingue amoureux. Le trait gagne en force, le scenario aussi. Blacksad est chargé de retrouver une gamine disparue, dont on pense qu'elle a été enlevée par un des deux clans qui se tapent dessus dans le quartier de The Line. D'un côté les Black Claws, et de l'autre le clan d'Arctic-Nation : Noirs contre Blancs, dans une ville sinistrée où la misère populaire le dispute au conservatisme chrétien, le tout sur fond de crimes racistes et histoires de vengeance. Les cagoules blanches, les crucifix en feux, les courageuses traînées dans la boue et les pourris toujours vainqueurs, Blacksad se frottera à tout ça, en se prenant quelques coups au passage, mais non sans en rendre quelques uns. Magistral.
Le troisième, Âme rouge, prend place pendant le début de la guerre froide : le secret de la bombe atomique menace de n'être plus si secret que ça, la hantise du Rouge se développe, et un peu partout, on commence à traquer les communistes. Un peu moins polar, mais non moins passionant. Blacksad retrouve un de ses anciens professeurs, en même temps qu'il fait connaissance avec un groupe d'intellectuels de gauche, au sein duquel il ne va pas tarder à reconnaître sa vieille amie : Mme la Poisse.  Entre anciens nazis et nouveaux tyrans, maccarthistes et communistes, le chat noir va la clope au bec et tâche de limiter les dégâts. Mais pour nous, on n'en sort pas indemme.

Bref, Blacksad, c'est le bien. J'attends le quatrième tome avec impatience. Clin d'oeil à ceux qui connaissent, et pour les autres : jetez-vous dessus. Ca vaut vraiment le coup.

"-Et en quoi elle vous dérange, cette "racaille" ?
-Disons qu'elle salit tout. Avant que tous ces gens n'arrivent, ce quartier était un modèle de prospérité, et regardez maintenant : chômage et misère pour tous.
-Ce n'est pas vraiment le cas pour tout le monde, monsieur. Certains vivent encore très bien. Quel dommage que personne de votre famille ne puisse profiter d'un si riche héritage... Parfois, le mélange a du bon."
Blacksad, tome 2.

Publié dans Bibliophagie

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Manu 07/07/2008 20:31

Je découvre ton blog, dont l'esthétisme rivalise avec la beauté de ta plume !
Superbe, franchement !

Pour en revenir à Blacksad, j'ai adoré les deux premiers tomes et le troisième m'attends au chaud dans ma PAL. Tu me donnes envie de la ressortir :-)

Finelame 18/02/2008 12:44

Purée ! Tu écris de mieux en mieux; ma plume ! c'est le journalisme qui te guette! mais si mais si ! je me suis relu le scorpion ce week end au lieu de bosser. Ton article donne vraiment envie de lire Blacksad. Tiens, je connaissais pas...