Le Vicomte de Bragelonne 2.0

Publié le par Andromède

Et vlan, après Zorro, j'ai passé les trois derniers jours à me faire une cure de mangas yaoi... Tout Ayano Yamane y est passé, ou presque ( d'ailleurs j'ai deux déclarations à faire : 1) Je commence dès aujourd'hui un entraînement intensif afin d'apprendre à encaisser les cliffhangers et pouvoir survivre lorsque paraîtra le chapitre 19 de Crimson Spell ; 2) Liu Feilong is ♥ Akihito est une tête à claques et Asami un vieux pervers, mais Feilong a définitivement trop la classe ), je me suis laissée aller à découvrir Legacy of the Dragon, qui est vraiment pas mal, même si les dessins sont plutôt moches, et... j'ai eu le malheur de me laisser tenter par le Ludwig II de Higuri Yuu.
Ce truc, c'est le MAL. J'en sais peu sur l'histoire de la Bavière à la fin du XIXe, et encore moins sur le roi Louis II, mais étant donné qu'une partie de l'intrigue est basée sur l'Histoire de la Bavière dans ses rapports à l'Allemagne naissante, je me suis renseignée au fil de ma lecture... et il s'avère que la mangaka a fait un boulot plutôt honorable au niveau des détails historiques.
Mais le vrai point fort du manga, ce sont ses deux personnages principaux... le roi Ludwig II de Bavière et Hornig, simple garçon d'écurie dont il va tomber amoureux, et réciproquement. Ils sont... rah, j'ai envie de dire "magiques", mais ça risque de les décrédibiliser plutôt qu'autre chose XD Disons simplement que contrairement à beaucoup de mangas yaoi où le couple principal n'a pas beaucoup d'épaisseur, celui-ci a vraiment quelque chose en plus. Tant Ludwig et ses démons intérieurs ( on connaît la légende du roi fou de Bavière... qui n'était sans doute pas si fou que ça, au fond ) que Hornig, qui est un personnage très pur, tout en douceur et en force de caractère. Et leur histoire est vraiment très belle ♥

BREF ! Tout ça pour dire que je suis tombée raide dingue amoureuse, et plus précisément ses deux personnages principaux, l'un perdu dans un monde de chimères, dangereusement lucide sur le monde qui l'entoure et en même temps inaccessible à force d'irréalité, et l'autre discret et humble, mais fasciné par l'homme réel, non pas par l'image du roi fou et obsédé par la musique et les rêves. Ce qui m'amène au titre de ce post, qui contrairement à ce que laisse penser cette longue introduction, n'est pas là pour des prunes XD Parce que bizarrement, mes réflexions sur la relation entre Ludwig et Hornig m'ont ramené à mes réflexions sur mon projet de réécriture du Vicomte de Bragelonne.

Elle me trotte dans la tête depuis quelques années, celle là, et je crois en avoir parlé à une ou deux reprises sur mon ancien LJ, sans jamais m'être vraiment étendue sur le sujet. Et pour cause : mis à part quelques clés de voût, je n'avais rien de précis, rien de défini. J'ai déjà chanté un peu partout mon affection toute particulière pour le personnage de Raoul de Bragelonne, qui à mon humble avis est un des plus beaux gâchis littéraires que j'ai jamais vu, et mon envie de le reprendre pour creuser derrière l'apparente pauvreté du personnage. Du point de vue de Dumas, il était sans doute légitime de n'en rien faire, ou presque, puisqu'il représentait, entre autres, le non-avenir des idéaux de la noblesse sous le règne de Louis XIV. Donc, oui, Dumas ne pouvait que le laisser mourir d'amour comme un gros plouc. Mais est-ce que moi, j'ai le droit d'essayer de voir plus loin ? D'en faire un vrai personnage, et pourquoi pas un vrai héros de roman ? J'ai déjà écrit pas mal de textes sur lui ( que vous pourrez retrouver si je réussi à bidouiller la fonction "pages" de ce blog ), pour tenter de le réhabiliter comme être pensant et de dépasser son image de légume mou du genou ( même s'il reste la Betterave Forever XD ), mais pour aboutir à un vrai résultat, cela ne suffit pas... Parce que pour qu'un héros soit tel, il faut un méchant. Et un méchant à sa hauteur, encore. Fernando Cercchio lui avait collé Boissières dans les pattes, le bad guy classique dans l'univers de cape et d'épée, dans sa version de 1954 ( d'ailleurs je lui serai éternellement reconnaissante : c'est le seul que je connaisse qui ait vraiment essayé de faire quelque chose du personnage ♥ ), mais Boissières ne suffit pas. Boissières est un homme de main ambitieux qui trahit tout le monde pour servir ses intérêts, mais c'est tout. Bragelonne le tue en duel à la fin du film, et basta, happy end, on n'en en parle plus.  Moi, je veux un méchant qui lui retourne le coeur, qui lui fasse se poser de vraies questions et lui permettent de se révéler à lui-même. Et très honnêtement, pour moi, des méchants comme ça qui puissent avoir ce pouvoir sur Raoul de Bragelonne, il n'y en a pas trente-six.
Il n'y en a même qu'un.

Ils avaient fait plus d'une lieue et distinguaient déjà les premières maisons du village dont les toits couverts de tuiles rougeâtres se détachaient vigoureusement sur les arbres verts qui les environnaient, lorsqu'ils aperçurent, venant à leur rencontre, monté sur une mule, un pauvre moine qu'à son large chapeau et à sa robe de laine grise ils prirent pour un frère augustin. Cette fois le hasard semblait leur envoyer ce qu'ils cherchaient.
Ils s'approchèrent du moine.
C'était un homme de vingt-deux à vingt-trois ans, mais que les pratiques ascétiques avaient vieilli en apparence. Il était pâle, non de cette pâleur mate qui est une beauté, mais d'un jaune bilieux ; ses cheveux courts, qui dépassaient à peine le cercle que son chapeau traçait autour de son front, étaient d'un blond pâle, et ses yeux, d'un bleu clair, semblaient dénués de regard.
- Monsieur, dit Raoul avec sa politesse ordinaire, êtes-vous ecclésiastique ?
- Pourquoi me demandez-vous cela ? dit l'étranger avec une impassibilité presque incivile.
- Pour le savoir, dit le comte de Guiche avec hauteur.
L'étranger toucha sa mule du talon et continua son chemin.
De Guiche sauta d'un bond en avant de lui, et lui barra la route.
- Répondez, monsieur ! dit-il, on vous a interrogé poliment, et toute question vaut une réponse.
- Je suis libre, je suppose, de dire ou de ne pas dire qui je suis aux deux premières personnes venues à qui il prend le caprice de m'interroger.
De Guiche réprima à grand-peine la furieuse envie qu'il avait de casser les os au moine.
- D'abord, dit-il en faisant un effort sur lui-même, nous ne sommes pas les deux premières personnes venues ; mon ami que voilà est le vicomte de Bragelonne, et moi je suis le comte de Guiche. Enfin, ce n'est point par caprice que nous vous faisons cette question ; car un homme est là, blessé et mourant, qui réclame les secours de l'Eglise. Etes-vous prêtre, je vous somme, au nom de l'humanité, de me suivre pour secourir cet homme ; ne l’êtes-vous pas, c'est autre chose. Je vous préviens, au nom de la courtoisie, que vous paraissez si complètement ignorer, que je vais vous châtier de votre insolence.
La pâleur du moine devint de la lividité, et il sourit d'une si étrange façon que Raoul, qui ne le quittait pas des yeux, sentit ce sourire lui serrer le coeur comme une insulte
.
( Alexandre Dumas, Vingt ans après, chap. XXXIV )

XD

Non, sans rire, il est très bien, Mordaunt. Et ce d'autant plus que je le soupçonne d'avoir un potentiel méchant-pas-si-méchant-que-ça. OK, dans Vingt ans après, il est affreux. Mais c'est justement pour ça qu'il est génial ^o^ Et que je n'ai jamais réussi à imaginer ma version du Vicomte de Bragelonne autrement qu'avec lui comme méchant. L'avantage des univers passés dans l'imaginaire collectif, c'est qu'ils sont maléables à souhait... Et que si je le veux vraiment, je peux me dire : "Et si les Mousquetaires avaient perdu ? Et si, au chapitre LXXVIII, c'était Mordaunt qui avait gagné ce combat au poignard, dans l'eau ? Et s'il avait survécu ?... Et si la petite prétentieuse que je suis écrivait la suite ?"

Oui, c'est peut-être de la prétention que de se croire le droit et la capacité de faire ce genre de chose... Construire un univers alternatif sur des spéculations qui, au fond, n'engagent que moi. Mon Raoul et mon Mordaunt, tels qu'ils sont dans ma tête, n'ont plus grand chose à voir avec la lavette et le super-vilain-pas-beau de Dumas, mais est-ce qu'on peut pour autant parler d'illégitimité ? Quand on donne à rêver à ses lecteurs, c'est qu'on les autorise à imaginer ce qu'il y a derrière ce qu'on ne dit pas, non ? Je crois que oui. Et je crois que j'ai au moins le droit d'essayer... Même si je ne réussis pas à être à la hauteur, même si je dois garder tout ça pour moi.
Un vrai roman d'aventures, qui ne serait plus le récit de la mort d'une génération, mais de l'avènement d'une seconde... Avec des enfants qui ne sont plus les ombres de leurs parents ( après tout, si Raoul n'est que l'ombre d'Athos, Mordaunt n'était rien d'autre que l'ombre de Milady... ) mais de vrais personnages, avec une vraie personnalité et une vraie humanité. Et qui ne finissent pas par crever bêtement T__T !

Ouaip, définitivement prétentieuse XD Mais j'avoue, je n'en ai absolument pas honte.

Un jour, je l'écrirai, mon Vicomte de Bragelonne 2.0...

Publié dans Scribouillages

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Nick Eetah 15/09/2008 18:50

Excellent, votre projet ! Pour avoir lu très récemment "Le Vicomte de Bragelonne", je comprends tout à fait votre démarche, et je pense que l'univers de Dumas appelle vraiment des fan-fictions. D'autant que Raoul de Bragelonne est vraiment sous-employé, même si je comprends la logique de l'auteur. Paradoxalement, il est bien mieux utilisé dans Vingt ans après que dans l'ouvrage qui porte son nom.

IgnotusAngelus 19/04/2008 17:39

Coucou!

Pensiez-vous que vous pouviez à tout jamais vous cacher d'un fin limier comme moi? Débusquées, mes amies, lol!

Non, mais blague mise à part, je suis bien contente de recevoir des nouvelles fraîches, même indirectes, de toi, ma chère amie. Même si nous ne nous sommes pas parlé depuis l'été 2007, je songe toujours à toi et j'espère que tu vas bien. Faudrait bien qu'on s'écrive, même si c'est seulement par email. M'enfin, si bien sûr tu veux bien...

Câlins de ton flocon de neige du Québec, qui est pas trop mécontent d'être enfin débarrassée de la neige! XD

Vaudois 07/04/2008 09:06

tsss,

Vaudois 04/04/2008 18:02

Exact, et quoique la chronologie empechât tout à fait de faire d'Athos le père de Mordaunt, on peut tout de même se prendre à rêver un peu. Il y aurait ici sujet à un bel approfondissement et cela atteindrait presque une dimension mythologique de faire des deux zouaves des jumeaux antithétiques, sorte d'annonce de ce que seront par la suite Philou et Loulou dans le Vicomte de B. Lol... vive sigmund!

Andromède 05/04/2008 10:23


Oui... Même si le fait qu'il ne soit pas son père, justement, ajoute peut-être quelque chose à son attitude dans "Vingt ans après"... Quelque chose de plus beau ou de plus "lâche", selon l'angle
sous lequel on veut le prendre :)

PS : J'ai mis cinq minutes à comprendre de qui tu parlais avec "Philou et Loulou"... J'avais la vieille image mentale des triplés de la Bande à Picsou =.=° *headdesk*


Andromède 02/04/2008 19:34

Tu sais quoi ? C'est exactement ça XD Non seulement en ce qui concerne la chanson ( qui colle aux thèmes de cette vision des personnages de façon assez impressionante ), mais aussi en ce qui concerne le parallèle avec la saga arthurienne... Athos en Roi Arthur, ( Milady en Morgane XD ) et Mordaunt en Mordred... Et puis ne serait-ce que les thèmes de l'inceste, du bâtard et du meurtre "libérateur" du père ( *couché, Sigmund !* ), qui se retrouvent presque toujours ici, et pour Mordaunt, et pour la Betterave... ( Yaoiiii !! *ok, je sors* ) Tu m'avais parlé une fois de ta théorie du parallèle Raoul/Mordaunt comme "jumeaux" antithétiques issus d'Athos, et c'est vrai que c'est tout à fait ça, de même que Mordaunt ( 'tain, j'ai failli écrire Mordred, du coup ) en jeune homme paumé au destin... tragique, pour le coup ;)