Miroir, réflexions en vrac.

Publié le par Andromède

Depuis quelques jours, j'ai repris tout doucement l'écriture de Miroir... en prenant le problème par l'autre bout, ainsi que je l'ai dit à Gaby : au lieu de m'acharner en vain sur ce satané chapitre 14, j'ai commencé à réécrire le début du roman, celui qui date maintenant de plus de trois ans, et qui a besoin d'un sérieux lifting... ne serait-ce que parce qu'entre temps, le bouquin a complètement changé de ton. Ce qui devait être au départ un roman jeunesse fantastico-historique ( une sorcière à Versailles ! ) s'est petit à petit transformé en une espèce de gigantesque conte philosophique mâtiné de quête initiatique. Jusque là, rien de bien grave, mes prétentions au roman d'aventures historiques semblaient cadrer parfaitement avec ce nouveau registre.
Seulement voilà, en me penchant sur lepremier chapitre pour lui redonner la bonne couleur, j'ai bien été obligée de réflechir à ce qui faisait l'essence du roman... et force à été de constater que malgré toute ma bonne volonté, Miroir n'est absolument pas un roman de cape et d'épée.
...
Enfer et damnation ! J'avais pourtant bien pris mes précautions... Mais en fait, dès le départ, les dés étaient déjà jetés : un roman à vocation "intérieure" ne pouvait pas basculer entièrement du côté du pur récit d'aventures. Et quand bien même il l'aurait fait, je pense qu'il aurait perdu beaucoup de son intérêt ( oui, ce bouquin a un intérêt ! Si, si, je vous jure ! *auto-persuasion* ). Actuellement, Miroir est inclassable, et c'est bien pour cela que je l'aime autant. Roman historique, conte philosophique, apologie de la Rapière et du Chapeau à Plumes... Peut-être qu'au fond, il touche à tout, et ne doit pas essayer de se caser quelque part.
Plus sérieusement, j'ignore si ce bouquin vaudra vraiment quelque chose une fois terminé... Mais je pense que s'il a une quelconque valeur, elle est là : dans sa capacité à échapper aux étiquettes. Je sais pourquoi je l'écris, je sais pourquoi j'ai fait tel ou tel choix,  je sais dans quelle direction je vais... Mais je ne sais pas comment le qualifier. Mon grand rêve, qui n'est plus un secret depuis longtemps, est d'écrire un jour un vrai bon roman de cape et d'épée, avec en toile de fond une fresque historique de qualité. Ce ne sera pas avec Miroir que je le réaliserai... la faute aux choix dont je parlais plus haut.

Il ne faut cependant pas croire que je m'avoue vaincue... N'est pas prétentieuse qui veut :D
Miroir a une héroïne, mais il a aussi des héros... Qui eux -honte sur moi- sont un concentré de tous les fantasmes que j'ai pu accumuler en dix ans de lectures de "KPDP". Vous savez, le héros libre et indompté, meilleure lame du royaume, paladin dans l'âme... avec une collection de jurons et une capacité à s'attirer des ennuis à en faire pâlir de jalousie le Capitaine Haddock et Benjamin Malaussène. Au fond, ainsi que l'avait fait remarquer Monsieur de C. dans son article sur le sujet, le héros du genre est toujours un chevalier (*)... mais un chevalier de la génération post-Don Quichotte, c'est à dire un héros aux valeurs décalées, qui a bien conscience d'être un marginal et surtout, qui fait rire. Qui aime rire. Le vrai bon héros de cape et d'épée, c'est le Don Quichotte qui refuse de se prendre au sérieux... Tout en continuant malgré tout à défendre les valeurs qu'il a choisies.

Et cela, les auteurs en ont parfaitement conscience. Que ce soit Dumas décrivant d'Artagnan comme un "Don Quichotte à dix-huit ans", Rostand faisant s'incliner Cyrano au seul nom du Chevalier à la Triste Figure, ou même Zévaco, qui lui fait carrément se rencontrer Pardaillan et Cervantès... A-t-on déjà vu plus belle forme d'auto-dérision ? Car si l'intertextualité est de mise dans ce genre de bouquins ( Il suffit de lire Perez-Reverte expliquant clairement que l'un de ses personnages, le jeune marquis de Buckingham, se fera tuer par Milady de Winter ! ), elle a avant tout pour but de faire sourire de lecteur... De lui montrer que son héros est forcément l'héritier d'une longue lignée d'archétypes, qui pour s'assumer comme tel n'en est pas moins qu'un artifice. Et c'est justement cela, à mon sens, qui grandit le héros... Le fait qu'il sache rire de ce qu'il est, le fait qu'il sache parfaitement qu'il n'est qu'un prétexte à faire rêver. C'est cela aussi, la grande force de Pardaillan, de Cyrano, de Zorro... Et c'est sans doute cela qui manque aux héros de Fajardie.
Attention, je ne suis absolument pas en train de le renier ! Seulement, l'amour ne m'aveugle pas au point de me cacher ses énormes faiblesses : non seulement ses héros sont des clones les uns des autres ( mais cela, encore, c'est pas un si gros défaut que ça : après tout, c'est aussi le cas de ceux de Zévaco, qui est pourtant un maître du genre ), mais en plus... ils se prennent beaucoup trop au sérieux. Bamberg, Valencey d'Adana, les deux Nissac... Ils ont le charisme, ils ont la marginalité, ils ont la liberté... mais ils n'ont pas ce côté burlesque et joyeusement ridicule qui leur aurait permis de ne pas sombrer dans la caricature. Ou plutôt, qui aurait permis à leurs côtés "classe" et "positif" de mieux ressortir, et donc d'être mis en valeur. Je les aime, c'est indéniable, mais peut-être pas autant que ce que j'aurais dû... Pas autant que Pardaillan ou Le Royal de Beaurevers, en tout cas. Comme le dit Martin Winckler dans son essai sur le personnage de Zorro , ce qui fait l'essence même du justicier libertaire, c'est le Rire. Un enfant ne s'identifiera jamais à un héros trop solennel, ou trop pris dans ses idéaux.

Et ce que je dis là en parlant du héros de cape et d'épée s'applique aussi aux autres registres, bien sûr... Que serait Luke Skywalker sans ses gaffes, Corto Maltese sans son ironie tranquille, Jack Sparrow sans ses gamelles, Spirou sans ses vannes à Fantasio ?... Bref, que seraient les héros sans enfants à faire rire ? Et quand je dis "enfants", je parle de nous, je parle de tous ceux qui se laissent encore prendre au piège. Eh bien, ils ne seraient pas des héros, justement. Pas nos héros. Pas ceux pour lesquels on se dispute avec son frère ou sa soeur pour les incarner le dimanche après-midi... ( Haha, d'accord, aujourd'hui on se dispute plutôt pour la manette de playstation. Merde alors, je suis si vieille que ça ?!?  ç___ç )

Hmmm... 'me suis un peu éloignée du sujet ^^;;; Ce que je voulais dire, c'est que dans Miroir, Aurélien et le Chevalier ont beau être construits sur la base d'archétypes assez hénaurmes ( le Disciple et son Maître, le héros un peu fou que tempère le compagnon raisonnable... ), j'espère de tout mon coeur avoir réussi à leur donner cette capacité à rire d'eux-mêmes, à faire rire tout court, qui en fera des personnages, sinon dignes d'être retenus, mais du moins capables de faire rêver le temps d'une lecture. Ils ont leurs particularités, bien sûr, leurs originalités ( j'espère ! ), mais ils restent des héros de cape et d'épée... L'élément comique et caracolant dans mon univers de réflexions tendrement jeunes et idéalistes. Une sorcière à Versailles, oui, mais une sorcière qui apprend à se moquer du XVIIe siècle avec des amis qui ne pouvaient que porter un chapeau à plumes.
...
Un jour, je le finirai. Et un jour, j'espère qu'il vous fera rire, autant que me fait rire mon Chevalier ;)



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(*) 'Pas pour rien que j'ai appelé le mien comme ça :)

Et je laisse le dernier mot à mon petit frère : "'Tain, il a des jarretières de sado-maso, ton mec !" XD

NB : C'est marrant, mais tous mes articles sur le sujets se répètent... Mouais, je crois que la logique de l'archétype déteindra longtemps sur ses fans ^^;;;

Publié dans Scribouillages

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Monsieur de C 13/04/2008 20:14

Dans mon article auquel vous faites référence, mon propos avait été, sans autre prétention que celle du regard d'un amateur du genre et non d'un spécialiste de littérature comparée, de coucher sur le papier mes réflexions sur le thème "L'idéal des romans de chevalerie a-t-il survécu dans les romans de cape et d'épée ?"
Et j'ai tendance à penser que la plupart des héros de romans de cape et d'épée ont abandonné les vertus de la chevalerie, au fur et à mesure que le monde à changé ; ils nagent dans un monde d'intrigues (auxquelles ils participent de bon ou de mauvais gré), ils troussent les filles d'auberge et les femmes mariées, etc.
Seuls certains d'entre eux restent sur la voie de la chevalerie, et ce sont souvent des figures tragiques, comme Athos (le seul continuateur - à mes yeux - de l'esprit chevaleresque, contrairement à Porthos, à Aramis et surtout à d'Artagnan).


Mais ne battez pas votre coulpe d'avoir finalement recouru à des personnages archétypaux. Il me semble que c'est ce qui fait le sel du roman dans l'héritage des Dumas et des Féval.

Et puis, lire sous votre plume quelques regrets face au style de Fajardie, voilà qui ne manque pas d'attirer mon regard. Recevez mon amical clin d'oeil à ce sujet. ;o)

Andromède 13/04/2008 21:03


C'est exactement ce à quoi je pensais en parlant de "chevaliers post-Don Quichotte" ;) Des héros d'une nouvelle génération, dont les valeurs changent : ce n'est plus la transcendance féodale
ou amoureuse ( voire divine ) qui les définit, mais la réalité de leur temps. Ils ne s'accrochent plus au passé, ils regardent en avant... Mais l'une des caractéristiques du héros ( type ) de
cape et d'épée n'est-elle pas aussi justement d'avoir su conserver l'idéal "idéalisé" ( voire imaginaire ) de la chevalerie ? Honneur, loyauté, tout ça... Même si là encore, il faudrait distinguer
les héros de la génération "Dumas/Féval/Zévaco" et ceux d'aujourd'hui... Qui ont encore acquis d'autres valeurs, voire leur tournent volontairement le dos.
Quoiqu'il en soit, mon avis rejoint toujours le vôtre ;)

PS : Fajardie, plus je relis, plus ses défauts me sautent aux yeux... Mais même si la forme me fait parfois grincer des dents, le fond et l' "esprit" continuent de me plaire. Et peut-être qu'au
fond, c'est le plus important... Même si je brûle de lui envoyer un mail pour lui expliquer comment on tient une épée >______<