Défis en tous genres.

Publié le par Andromède

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J'ai bouclé la réécriture du chapitre 14 cette semaine, mes trois emplumés vont enfin pouvoir quitter cette foutue chambre et partir pour La Rochelle. Je suis plutôt fière de cette nouvelle version, un peu plus dynamique que la première et surtout, plus représentative de ce que sont réellement les personnages. La relation entre Aurélien et le Chevalier s'affine, et j'ai l'impression que je suis parvenue à leur faire prendre de l'épaisseur l'un par rapport à l'autre. Car s'il y a bien une chose difficile lorsqu'on écrit en maniant des clichés, c'est bien de dépasser le cliché, justement.
J'ai déjà dit que Miroir n'était pas un roman de cape et d'épée à proprement parler, mais que cela ne m'empêchait pas d'y faire galoper quelques poncifs du genre. Pour Aurélien et le Chevalier, l'élève et son maître, l'apprenti héros et son modèle, je sais que l'archétype peut faire sourire de pitié tellement il a été vu, revu et corrigé. Mais je crois sincèrement que le genre cape et épée ne repose en grande partie que sur ce genre de codes et de systèmes de figures... que l'auteur doit s'appropier pour construire une aventure qui aura le pouvoir de captiver le lecteur. 
Et ce qui est magique, c'est que ledit auteur n'est pas le seul à trimer... Le  livre lui-même le suit. Dans mon cas, je n'ai jamais été autant fascinée par la capacité d'Aurélien à me souffler son propre texte que dans cette réécriture. Lui qui est pourtant  le personnage avec lequel j'ai le plus de difficultés, en ce qu'il est à la fois un emo!kid assez terrible dans son genre, et un apprenti héros, c'est à dire un être de papier qui apprend à se glisser dans l'esprit des gens pour les faire rêver, à se poser lui-même comme modèle potentiel.
Comment gérer la frontière entre les deux ? J'avoue que pour le moment, même si je rame encore un peu, j'entre dans une phase du roman où je commence à y voir plus clair.

D'ailleurs il vaudrait mieux, puisque j'amorce la dernière grande partie, celle où les quêtes personnelles sont sur le point de se résoudre, où les méchants appuient sur le bouton rouge déclenchent la mise à éxécution de leur plan si longuement tramé, où les derniers mystères commencent à s'expliquer... Bref, la partie où tout part en couille et où on sent que la fin approche, puisque la fin correspondra à la résolution de la crise.

J'ignore si c'est pareil pour tous ceux qui écrivent, mais le fait de se dire "ça y est, maintenant ni eux ni toi ne peuvent plus reculer" est étrangement jubilatoire... Un peu de certitude dans ce monde d'imaginaire et d'illogique profonde, cela ne peut pas faire de mal, après tout XD
En fait, je suis en train de me rendre compte que ce n'est pas seulement la phase finale qui commence... c'est aussi ma dernière chance qui se profile. Après tout, dès demain j'entre en période d'examen, et si j'arrive à obtenir mon passage en khâgne... Dès septembre, ce sera VRAIMENT l'horreur au niveau boulot. Je dois donc impérativement terminer Miroir cet été, si je veux pouvoir le terminer un jour, justement. Parce que j'aimerais bien passer à autre chose, quand même... J'ai trop de projets à moitié entamés dans mes tiroirs pour ne pas m'impatienter à leur sujet. Ma nouvelle Dreyfus me fait de l'oeil depuis près d'un an et demi pour que je la termine, j'ai un Vicomte de Bragelonne 2.0 qui bouillonne dans un coin de ma tête, sans parler de ma série longue sur les aventures d'Ariel de Bois-Fleuri ( anciennement Nicolas des Halliers ), espion de Concini et Emmerdeur-en-Chef de son état, qui mériterait aussi que je la reprenne... Bref, Miroir n'est plus mon seul horizon, et même si j'écrirais probablement des tas de séquelles après, j'ai quand même hâte de poser le point final. 

Contente d'en avoir fini avec cette foutue réécriture, donc :D

Et puisque je suis incapable de tenir mes propres résolutions, et que j'aimerais beaucoup savoir ce que vous en pensez, je vous livre les premières lignes de cette nouvelle version :

MIROIR © Andromède / Emmanuelle BRIOUL
Merci de ne pas reproduire sans autorisation

CHAPITRE QUATORZIEME

Il entra dans la chambre presque en même temps que le rayon de soleil. Bien décidé à ne brusquer personne, ce dernier se faufila entre les rideaux et rampa timidement sur le sol. Puis, voyant qu’on ne frémissait point à son approche, il s’enhardit jusqu’à sauter sur le lit. De là, joueur, il escalada les draps froissés et alla se pelotonner tout contre le visage de leur occupant.

 

Lui fut moins démonstratif.

 

Il entrouvrit la porte sans faire grincer le battant, referma le livre qu’il tenait à la main et entra, le pas sûr malgré l’obscurité. Le jour se levait à peine –il ne devait pas être plus de quatre ou cinq heures du matin-, mais pour lui qui était debout depuis un certain temps, cette replongée dans l’atmosphère cotonneuse du sommeil avide de respect ne l’affecta pas le moins du monde.

Souple et discret comme le chaton qui sait qu’il va faire une bêtise,  il alla d’abord ouvrir tout à fait la croisée, permettant ainsi à la lumière de donner libre cours à son indiscrétion, puis revint se planter près du lit.

 

Regard à gauche, sourire à droite.

Le manche d’un poignard dépassait de sous l’oreiller, mais l’ Utopia de More reposait sagement sur la table de chevet.

 

Pour l’heure, et sans doute incommodé par la chaleur, l’occupant cette couche si bien entourée avait rejeté les couvertures et reposait sur le ventre, paisible et abandonné.

 

L’autre le regarda dormir un long moment, se prenant sans doute à le rejoindre quelque part au pays des rêves silencieux. Ce n’était pas la première fois qu’il le trouvait ainsi, ni qu’il se laissait aller à cela qui ressemblait fort à de l’attendrissement. Il  savait bien, pourtant, que cette tranquillité là n’était qu’illusion, et que pourvu qu’il quittât son rôle d’observateur muet, l’endormi démentirait sur le champ son apparence de vulnérabilité. Non, ce qui le faisait ainsi sourire en pensée, c’était d’avoir conscience d’être le seul à pouvoir l’approcher dans son sommeil. Le seul à pouvoir contempler sa fragilité et, s’il le voulait, en profiter.

 

« Ta confiance te perdra, petite grenouille. »

 

Et de fait, tout attendri et amusé qu’il fût, on aurait eu bien tort de compter sur lui pour jouer les scrupuleux. Héros de roman ou non, n’est point pirate qui veut.

 

Souriant une dernière fois au tableau qu’il allait bouleverser, il pencha la tête, pivota sur lui-même… avant de se laisser tomber tout d’une pièce sur le matelas.

 

Pour une fois, ce fut le coup de tonnerre qui déclencha la foudre.

Provoqua l’éclair.

 

Un battement de cils plus tard, il louchait sur une lame sortie de nulle part.

Ou presque.

 

-Bonjour à toi aussi, grenouille ! lança-t-il d’une voix joyeuse.

 

Assis dans son lit, arme au poing et paupières frémissantes, Aurélien avait l’air passablement embrumé. La faute à cet instinct de machine de guerre qui venait de le réveiller, bien plus encore qu’à la farce du Chevalier. Ce dernier sourit et leva les mains en signe de paix.

Le jeune homme cligna des yeux, secoua la tête, et rosit légèrement. Lui et Morphée n’étaient certes pas les meilleurs amis du monde, mais cela ne l’empêchait point d’avoir toujours un peu de mal à le chasser de sous ses draps le matin. Il ne bougea point, cependant, et tant pour se donner une contenance que pour achever de se réveiller, il tâcha de déchiffrer la reliure du livre que son agresseur à la manque lui brandissait sous le nez.

 

-… Histoire… comique des Etats et  Empires du Soleil… et de la Lune ?

 

Le Chevalier jeta un coup d’œil à l’ouvrage, et hocha tranquillement la tête, comme si le fait de se trouver mains en l’air devant quelqu’un qui le menaçait à la gorge ne le préoccupait déjà plus.

 

-Tout juste ! Une édition de 1667 que je ne connaissais point, tirée chez un certain monsieur Jonas Gabriel… et qui confirme ce que je pensais depuis longtemps, à savoir que celle de 62 n’était rien de plus qu’un pavillon en lambeaux. Tiens, pendant que j’irais embrasser ce libraire sur les deux joues pour avoir fait fi de la censure, toi, tu feras de même avec ta vicomtesse.

 

A mesure que le Chevalier parlait, Aurélien avait commencé à envisager de le menacer sérieusement, afin de le faire taire et pouvoir se recoucher, mais ce que suggérait sa dernière phrase le fit bondir.

 

-Ce n’est point « ma » vicom… Et pourquoi diable ferais-je une chose pareille ?! s’exclama-t-il vivement, tâchant d’ignorer ce qu’il sentait fleurir sur ses joues.

 

-Pour la féliciter de son bon goût, pardi ! répliqua le Chevalier en haussant les épaules. Ce roman vient de chez elle… C’est d’ailleurs bien la première fois que je croise une oeuvre de M. de Bergerac ailleurs que sous le manteau. Et complète, par-dessus le marché ! Tudieu, j’en suis mortifié de jalousie.

 

-Vous êtes entré dans la chambre de Miroir ? gronda Aurélien, à la fois outré par l’image et amusé par le piège grossier qu’on lui tendait.

 

Il avait rangé son poignard, sans doute pour signifier au Chevalier qu’il lui laissait une chance de se sauver s’il ne donnait point la bonne réponse, et se leva pour dissimuler son propre sourire. Car si Beaurepaire savait qu’il lui faisait confiance au point de ne lui sauter dessus qu’une fois le mal fait, lui-même avait compris depuis longtemps que son compagnon aimait à faire sursauter les gens, en ce que cela permettait parfois de leur ouvrir les yeux.

 

-Disons que le rayonnage où j’ai chapardé ce livre contenait davantage de romans d’amour que de traités d’escrime… Aussi  ai-je soupçonné ce coin de la bibliothèque d’avoir été rempli par une jeune fille, et puisque la petite Leila m’a avoué que la lecture l’ennuyait, j’ai pensé que ce ne pouvait être que ton amie.

 

-Oh, cela ne veut rien dire ! répliqua Aurélien en s’approchant de la table de toilette, où il s’appliqua à remplir la cuvette d’eau claire.

 

-Tu as raison… Je pensais bien que le comte devait avoir un faible pour les sucreries en prose.

( à suivre )

Publié dans Scribouillages

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Andromède 11/06/2008 21:43

Mano ==> Hé bé, merci pour tous ces compliments ! ^^;;;;; S'il pouvait vous entendre, vous feriez rougir ce cornichon de Chevalier^^ ( et moi avec, mais c'est déjà le cas ! ). Pour ce qui est du dessin du Harem... Ma foi, elle est tirée de mon roman, ou plutôt, du passé de ces deux personnages^^ Je suis très contente que le dessin vous plaise ! Il a beaucoup de défauts ( notamment au niveau des couleurs ), mais je l'aime beaucoup, alors s'il peut plaire aux autres... ;)

mano 10/06/2008 01:55

Bonjour Andro,
"Il entra dans la chambre presque en même temps que le rayon de soleil." Simenon n'aurait pas fait mieux. Maigret était tellement discret et invisible. Il s'introduisait partout, jamais sans se faire remarquer. Mais....jamais Simenon n'aurait introduit quelque part dans ses éculubrations son personnage imbattable, notre héros Maigret, comme vous Andro vous savez le faire avec le vôtre......en même temps que le rayon de soleil (vitesse de la lumière....discretionnelle) Magnifique....Normal, nous sommes à l'époque de la vitesse, nous devançons de plus en plus la lumière et le son. Vos personnages en sont la preuve. Contiuez Andro! Le dessin du harem new look is just beautiful. It's so erotic and sublime that it makes me shaking! You're beautiful Andro....I forget my french. See you soon little genious. Mano your companion. Je suis presque sur le point de vous faire la cour, comme savent bien le faire les militaires, les chevaliers....les cavaliers....Mes respects Andro. La scéne du harem où l'avez-vous puisé ? Elle est magnifique et romantique. On se croirait sur un tapis volant de l'époque de Bagdad la magnifique. Mano le berbère
Dois-je envoyer le commentaire ou non? A cette heure-ci, je n'arrive pas à déchiffrer l'image à recopier. Tout de même....dernier sursaut, je recopie les caractères.