"Pour une morale de l'athéisme", Denis Diderot.

Publié le par Andromède

POUR UNE MORALE DE L'ATHEISME
Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***



En 1771, Denis Diderot rend visite au maréchal de France, Victor-François de Broglie : ce dernier étant absent, le philosophe s'entretient pendant plus d'une heure avec sa ravissante et très pieuse épouse : un vif débat sur les fondements de la foi et de l'incroyance s'engage. Le penseur se plaît à lui démontrer sur un ton badin qu'un athée est aussi largement doté de sens moral qu'un croyant.
Publié sous une fausse attribution en 1777, cette parodie de dialogue socratique offre un vibrant plaidoyer en faveur de l'athéisme.

Difficile de résumer un aussi petit livre ( le dialogue en lui-même ne fait pas plus d'une trentaine de pages ), mais s'il y a une chose que je peux dire avant de commencer, c'est qu'il ne faut surtout pas tenir compte de la dernière phrase de la quatrième de couverture ( le phénomène des quatrièmes menteuses commence à devenir réccurent =.=° ).

En effet, si ce court dialogue entre Diderot ( qui porte ici le masque du poète italien Crudeli, torturé par l'Inquisition pour incroyance et franc-maçonnerie ) et la Maréchale est effectivement une manière d'argumentation contre la stupidité profonde des superstitions religieuses telles que les entendent les gens du XVIIIe, il ne s'agit en aucun cas d'un plaidoyer construit et d'une démonstration "sérieuse" : ce dialogue, malgré une problématique sérieuse et une vraie dénonciation implicite, reste avant tout une joyeuse parodie, un entretien badin dans lequel le philosophe se fait un plaisir de se moquer ( implicitement, encore une fois ) de la mentalité vénale et "bourgeoise" ( au sens quasi marxiste du mot ) de ses contemporains. Ce n'est ni une démonstration philosophique sérieuse, ni un pamphlet prosélytiste. Diderot le dit lui-même : "Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu qu'on me laisse penser à la mienne ; et puis ceux qui sont fait pour se délivrer de pareils préjugés n'ont guère besoin qu'on les catéchise". Le but ici n'est pas de convaincre le lecteur que Dieu n'existe pas, mais que la religion telle qu'elle est entendue et pratiquée n'est qu'un vaste ramassis de supersititions inutiles et que le dogme en tant que tel ne sert à rien : croyant ou pas, si un homme est mauvais, il le restera, et si quelqu'un veut vraiment faire le bien, il peut aussi bien le faire mécréant que dévot.

On retrouve entre les lignes le philosophe audacieux et pamphlétaire ( l'affaire du Chevalier de la Barre n'est pas si vielle que ça, comme dirait Monsieur de C. ), mais surtout l'écrivain tendrement ironique et farceur. Ici, ce n'est pas tant l'auteur de l'Encyclopédie, qui parle, mais celui de Jacques le Fataliste et du Neveu de Rameau : un sale gosse de la littérature, mais ô combien doué et virtuose.

A lire, ne serait-ce que pour savourer encore une fois la plume drôle et acerbe de Diderot, dont je vous livre un échantillon ci-dessous :

Crudeli. Je m'approchai de son oreille, et je lui dis tout bas : Madame la maréchale, demandez au vicaire de votre paroisse, de ces deux crimes ; pisser dans un vase sacré, ou noircir la réputation d'une honnête femme, quel est le plus atroce ? Il frémira d'horreur au premier, criera au sacrilège ; et la loi civile, qui prend à peine connaissance de la calomnie, tandis qu'elle punit le sacrilège par le feu, achèvera de brouiller les idées et de corrompre les esprits.

PS : Concours blanc terminé ! J'en ai fini avec les exams... Pour un peu, je me sentirais presque en vacances *__*

Publié dans Bibliophagie

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mano 07/06/2008 19:20

Bonjour Andro,
Je guettais vos interventions sur le forum de Dumas, je n'en ai pas vu... Les examens à blanc, doivent prendre sûrement votre temps. Beaucoup de succès et de chance à vous.
L'athéisme reste un sujet d'actalité dans nos sociétés musulmanes. Vous avez sûrement suivi l'affaire Salman Rushdi l'écrivain Pakistanais que Khomeini avait à l'époque condamné à mort par une Fatwa (Condamnation sans appel autorisée par la loi musulmane). La société occidentale en a également souffert particulièrement au moyen âge, jusqu'au 18 ème, où l'église faisait et défaisait les trônes de l'europe. La classe sacerdotale est par essence castatrice, vue sa structure hiérarchisée et rigoureuse, pour sauvegarder ses propres intérêts; dominer l'homme, et le réduire à l'esclavage intellectuel et psycologique, et par delà, conquérir davantage de territoires et de richesses....d'ici-bas, bien entendu. Des conflits et des batailles rangées ont bien eu lieu au sein de l'église catholique même. (Avignon ou Rome ? Qui des deux s'accaparera des richesses de l'église). Pour compléter votre documentation sur la classe sacerdotale, gens de ressentiment par excellence, je vous conseille un ouvrage de Kant : La généalogie de la morale

Gaby 06/06/2008 21:17

Aaah, Diderot.... grand homme :)
On rêverait d'être comme lui, à notre époque !