"L'An 2440, Rêve s'il en fut jamais" (extrait)

Publié le par Andromède

Le narrateur s'endort en 1770 et se réveille en 2440. C'est alors qu'il découvre une France qui s'est libérée des malheurs et des vices de l'ancien temps, grâce à une révolution paisible. Au terme de son parcours, le narrateur se rend à Versailles (chapitre XLIV et dernier).

VERSAILLES

J'arrive, je cherche des yeux ce palais superbe d'où partaient les destinées de plusieurs nations. Quelle surprise ! je n'aperçus que des débris, des murs entrouverts, des statues mutilées ; quelques portiques, à moitié renversés, laissaient entrevoir une idée confuse de son antique magnificence. Je marchais sur ces ruines, lorsque je fis rencontre d'un vieillard assis sur le chapiteau d'une colonne.

"Oh ! lui dis-je, qu'est devenu ce vaste palais ?

-Il est tombé !

-Comment ?

-Il s'est écroulé sur lui-même. Un homme, dans son orgueil impatient, a voulu forcer ici la nature ; il a précipité édifices sur édifices ; avide de jouir dans sa volonté capricieuse, il a fatigué ses sujets. Ici est venu s'engloutir tout l'argent du royaume. Ici a coulé un fleuve de larmes pour composer ces bassins dont il ne reste aucun vestige. Voilà ce qui subsiste de ce colosse qu'un million de mains ont élevé avec tant d'efforts douloureux. Ce palais péchait par ses fondements ; il était l'image de la grandeur de celui qui l'a bâti (1). Les rois, ses successeurs, ont été obligés de fuir, de peur d'être écrasés. Puissent ces ruines crier à tous les souverains que ceux qui abusent d'une puissance momentanée ne font que dévoiler leur faiblesse à la génération suivante..."

A ces mots, il versait un torrent de larmes, et regardait le ciel d'un air contrit. 

"Pourquoi pleurez-vous ? lui dis-je. Tout le monde est heureux, et ces débris n'annoncent rien moins que la misère publique ?"

Il éleva sa voix et dit :

"Ah ! malheureux ! sachez que je suis ce Louis XIV qui a bâti ce triste palais. La justice divine a rallumé le flambeau de mes jours pour me faire contempler de plus près mon déplorable ouvrage... Que les monuments de l'orgueil sont fragiles... Je pleure, et je pleurerai toujours... Ah ! que n'ai-je su (2)... "

J'allais l'interroger sur lui-même, lorsqu'une des couleuvres dont ce séjour était encore rempli, s'élançant du tronçon d'une colonne autour de laquelle elle était repliée, me piqua au col, et je m'éveillai.

Louis-Sébastien MERCIER, L'An 2440, Rêve s'il en fut jamais (1771).

(1) On loue ces magnifiques spectacles donnés au peuple romain. On veut inférer de là la grandeur de ce peuple. Il fut malheureux dès qu'il commença à voir ces fêtes fastueuses où était prodigué le fruit de ses victoires. Qui bâtit les cirques, les théâtres, les thermes ? Qui creusa ces lacs artificiels où toute une flotte manoeuvrait comme en pleine mer ? Ce furent ces monstres couronnés dont le tyrannique orgueil écrsait la mitié du peuple pour réjouir les yeux de l'autre. Ces énormes pyramides dont se vante l'Egypte sont les monuments du despotisme. Les républicains construisent des acqueducs, des canaux, des chemins, des places publiques, des marchés ; mais chaque palais qu'élève un monarque est le germe d'une prochaine calamité. (Note de l'auteur)

(2) Placé au milieu de l'Europe, dominant sur l'océan, et par la longue étendue et les détours de ses côtes sur les mers des Flandres, d'Espagne, d'Allemagne, tenant à la Méditerranée, etc... quel royaume que la France ! et quel peuple semblerait avoir plus de droits au bonheur ! (Note de l'auteur)

NB : Extrait du tout premier roman d'anticipation (d'ailleurs si quelqu'un sait où je pourrais me le procurer... ç_ç). 

A méditer.




 
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Ys 18/11/2008 17:54

c'est ok, envoies moi ton adresse postale

Andromède 17/11/2008 19:00

@ Ys : Ouch, alors là j'avoue que j'aurais bien du mal à te donner un délai précis... Honnêtement, six mois, ça m'étonnerait ;p Si je compte avec mes pavés du programme à finir d'ici 2/3 semaines, le concours blanc, la bêta-lecture que j'ai encore sur le feu et la terrible envie que j'ai de lire ce bouquin, sincèrement, il peut être de retour dans ta bibliothèque d'ici une grosse mi-décembre :) ce qui fait quand même un bout de temps... Au pire, si je vois que je n'ai vraiment pas le temps, je te le retournerais avant ;) Si tu es toujours OK (promis, j'ai tous mes vaccins et je ne communique pas avec les extra-terrestres !), je peux te renvoyer mon adresse par mail... avec un énorme merci, parce c'est vraiment super gentil à toi :)))

Ys 17/11/2008 10:51

Trop longtemps, c'est combien ? Parce que tu vois, ça m'étonnerait qu'il me prenne une irrépressible envie de le relire demain... disons que je te l'envoie et que si dans six mois tu ne l'as pas lu, je t'envoie un mail sur le sujet ! Et t'inquiète, je n'abandonne jamais mes livres, même si j'en prête beaucoup : j'ai un cahier sur lequel j'inscris le nom de la personne et la date comme ça, même dans dix ans, je saurai qui ne m'a pas rendu un bouquin... mais ça m'étonnerait que je sois aussi patiente !

Andromède 16/11/2008 21:06

@ Ys : Aaaaaah, ce serait super gentil *o* !! Mais s'il s'agit d'un de tes livres à toi, je ne sais pas si je peux accepter... parce que mes délais de lecture sont vraiment hyper longs ç____ç je ne voudrais pas le monopoliser trop longtemps :/...

Ys 16/11/2008 15:53

ben moi j'ai comme une idée de l'endroit où tu pourrais te le procurer : tu me donnes ton adresse postale (je l'ai eue mais je ne sais plus où elle est...) et il arrive chez toi dans la semaine !